Du sous-sol gelé jusqu’à l’affinerie norvégienne : le périple du nickel
La Mine Raglan figure le gisement de nickel le plus important au Québec. Appartenant à Glencore, elle recèle encore un vaste potentiel : à ce jour, seuls 18 % de sa propriété située dans le Nunavik ont été explorés.
Moins clinquant que l’or, le platine ou l’argent, le nickel n’en demeure pas moins un métal stratégique de première importance. Classé parmi les minéraux critiques, il entre notamment dans la composition de l’acier inoxydable.
La mine Raglan, exploitée dans le Nord-du-Québec, se situe entre la baie d’Hudson et la baie d’Ungava, au nord de la péninsule d’Ungava, au-delà du 62ᵉ parallèle, à plus de 1 500 km de l’Abitibi-Témiscamingue.
Le complexe minier comprend trois mines souterraines en activité : Qakimajurq, Kikialik et Anuri, cette dernière inaugurée en 2024 et appelée à être exploitée pendant 15 à 20 ans. La profondeur maximale des galeries atteint 900 mètres. Les 18 % de réserves évoqués en introduction laissent entrevoir une exploitation à très long terme.
La complétion de la mine Anuri, en février 2024, a marqué le dernier jalon clé du projet Sivumut Phase II. Cette étape majeure devrait permettre à la mine Raglan de poursuivre ses activités jusqu’à au moins 2041, confirmant la pérennité du complexe minier dans le Nord québécois.
Réserves prouvées et probables au 31 décembre 2024 — Mine Raglan
Au 31 décembre 2024, les réserves prouvées et probables totalisaient ainsi 15,3 millions de tonnes à une teneur moyenne de 2,50 % en nickel, 0,70 % en cuivre et 0,06 % en cobalt.
Les conditions de vie y sont bien différentes de celles que l’on connaît en Abitibi-Témiscamingue. Néanmoins, « on opère 12 mois sur 12, 365 jours sur 365, 24 heures sur 24 », souligne Céliane Dorval, cheffe des affaires publiques pour la mine Raglan.
De la farine noire au nickel transformé
La mine Raglan a été mise en production en 1997, à la suite de plus de trente années d’exploration. Le processus d’exploitation s’articule en trois grandes étapes. D’abord, l’extraction du minerai. Le concentrateur entre en scène. « Le concentrateur va concasser les roches. Les roches y sont broyées en poudre fine, avant de poursuivre le reste de leur transformation », explique Céliane Dorval, cheffe des affaires publiques pour la mine Raglan.
Vient ensuite l’étape de la flottation, qui permet de séparer le nickel et les métaux précieux du reste du minerai. Ce procédé consiste à faire adhérer les minéraux utiles à des bulles d’air qui remontent à la surface, tandis que les résidus non exploitables sont acheminés vers le parc à résidus miniers.
Enfin, la troisième étape est celle du transport. « Le tout est acheminé par navire brise-glace jusqu’au port de Québec. Le concentré de nickel est ensuite transporté par train jusqu’à Sudbury, en Ontario, où se trouve la fonderie de Glencore. Le nickel y est transformé en matte. Ça revient à Québec, puis c’est expédié en Norvège », précise madame Dorval.
C’est dans la ville côtière de Kristiansand, en Scandinavie, que l’affinerie Nikkelverk transforme le nickel brut en métaux de haute qualité destinés aux marchés mondiaux. « Il y a jusqu’à 22 bateaux par année qui partent vers la Norvège », ajoute-t-elle.
Le précieux brise-glace
Construit en 2021 et appartenant à Fednav, ce brise-glace baptisé MV Arvik (« baleine boréale » en inuktitut) peut charger 27 000 tonnes métriques. Le port d’attache du navire se trouve à Baie Déception, à 96 km de la mine Raglan.
Le MV Arvik fait huit voyages par année à destination du port de Québec. « Du 15 mars au 1er juin, on ne peut pas naviguer dans la Baie Déception. C’est une entente avec les Inuits, car ça fragilise la glace et nuit à la chasse et à la pêche. Et c’est la période de reproduction des phoques », précise Céliane Dorval.
De 18 à 99,9%
La concentration de nickel croît au fur et à mesure de son cheminement. Quand la farine noire quitte le site minier, « il y a environ 18 % de nickel. Quand ça repart de la fonderie, le nickel est à 60 %. Et à Nikkelverk, il est à 99,9 %. »
Le nickel constitue le minerai principal. Mais il y a des sous-produits (byproducts). En 2024, la mine Raglan a produit 42 491 tonnes de nickel, 10 790 tonnes de cuivre et 864 tonnes de cobalt.
L’âpreté climatique
Les particularités font que le sol est gelé jusqu’à 500 mètres sous terre. Ce phénomène est appelé le pergélisol. « Ce sont des contraintes qui n’existent pas dans le sud du Québec comme à Val-d’Or ou à Rouyn-Noranda. » Malgré cette rudesse, l’organisation logistique de la vie autour de la mine est réglée au quart de tour.
Tous les employés sont logés sur place, dans un complexe d’hébergement. « Sur les 1350 employés, 90 % sont sur rotation (fly-in/fly-out) et on compte de 700 à 750 travailleurs en tout temps. » Ce microcosme se compose d’équipes multidisciplinaires.
L’autre fonction du brise-glace
Le brise-glace est aussi utilisé pour le transport des aliments et du matériel. Les vivres sont stockés dans de gros conteneurs réfrigérés. Deux Boeing 737, propriété de Glencore Canada, se chargent également de pourvoir la communauté de Raglan en victuailles. Présentement, six vols par semaine sont planifiés. En janvier, ce seront cinq vols grâce à l’acquisition d’un troisième Boeing qui embarquera davantage de passagers. Les engins atterrissent sur un aéroport privé. « On gère notre propre aéroport, notre propre réseau de routes. On a deux éoliennes, de trois mégawatts chacune, installées en 2014 et 2018 pour réduire notre empreinte environnementale. »
Vers une énergie plus propre et une mine durable
Raglan évalue aussi la possibilité de produire jusqu’à 42 % de son électricité à partir de sources renouvelables, grâce à la construction potentielle d’un nouveau parc éolien comprenant jusqu’à douze turbines, « sous réserve de l'approbation financière de Glencore ».
Ce projet s’inscrit dans la stratégie de transition énergétique visant à réduire la dépendance au diesel et à renforcer la durabilité des installations.
Plus de 200 personnes et une dizaine d’organisations inuites ont été consultées à l’automne 2024. Une étude d’impact doit être déposée d’ici la fin 2025 à la Commission de la qualité de l’environnement Kativik, sous réserve de l’approbation financière de Glencore.
Tous les cinq ans, Raglan doit soumettre au gouvernement du Québec un plan de fermeture, élaboré depuis 2018 en collaboration avec les communautés inuites de Salluit et de Kangiqsujuaq.
Ce processus participatif vise à assurer une gestion responsable des résidus miniers et à concevoir un plan de fermeture intégré, à la fois acceptable sur les plans environnemental et social.
Cette organisation bien huilée n’empêche pas les blizzards, qui obligent à suspendre une opération ou une température trop basse qui entraîne le report d’un vol.
Enfin, dans un marché mondial du nickel marqué par une forte concurrence, notamment avec l’Indonésie, Raglan mise sur une structure de coûts robuste et une exploitation stable pour maintenir sa rentabilité et assurer la poursuite de ses activités à long terme.