Communauté

Femmes vulnérables protégées par le Foyer St-Raphaël

Au cours des années 1930, alors que Rouyn et Noranda se développent et que le Québec traverse de grandes difficultés économiques, le Foyer Saint-Raphaël a su se démarquer en offrant aux femmes un refuge sûr, malgré des ressources très limitées.

Le Foyer Saint-Raphaël de Rouyn, situé à l’angle de l’avenue du Lac et de la rue Noranda (aujourd’hui rue Mgr-Tessier), en 1937.

Au cours des années 1930, alors que Rouyn et Noranda se développent et que le Québec traverse de grandes difficultés économiques, le Foyer Saint-Raphaël a su se démarquer en offrant aux femmes un refuge sûr, malgré des ressources très limitées.

Les conditions économiques et l’origine du foyer

Les années 1930 imposent aux femmes du Québec une charge économique particulièrement lourde. Les archives montrent qu’elles doivent multiplier les tâches pour assurer leur survie, comme l’entretien ménager, la cuisine, le service aux pensionnaires, les corvées diverses ou encore des emplois improvisés selon les besoins du jour. Malgré leur importance dans l’économie locale, leur travail demeure mal perçu. L’Église catholique et les milieux traditionalistes y voient une menace pour les valeurs familiales, craignant que les femmes privent un père de famille de son gagne-pain. Cette tension entre nécessité économique et jugement moral illustre bien leur position fragile dans la société.

Lorsqu’elles s’installent dans les villes minières d’Abitibi, les femmes doivent composer avec un milieu social parfois hostile. La forte présence masculine les expose au harcèlement, à l’intimidation et parfois à des agressions, surtout lorsqu’elles vivent seules. Plusieurs femmes arrivent pour rejoindre un père ou un mari déjà établi, mais elles découvrent un environnement instable où l’isolement, la pauvreté et l’insécurité dominent.

Les femmes sont essentielles au fonctionnement quotidien de la communauté, notamment dans les restaurants et les maisons privées où elles travaillent comme servantes. Leur liberté est fortement restreinte. La majorité de leurs journées est consacrée aux tâches domestiques et aux soins des enfants, et la crise économique les oblige à gérer un budget extrêmement limité. Même lorsque la vie de couple est harmonieuse, l’entraide ne suffit pas toujours à alléger le poids des responsabilités. Certaines femmes ne peuvent compter sur aucun soutien. Les dossiers judiciaires indiquent que certaines d’entre elles vivent dans des relations conflictuelles ou violentes, tandis que d’autres deviennent veuves ou demeurent célibataires sans appui financier ni moral. Cette fragilité les rend particulièrement vulnérables dans un milieu où les ressources demeurent rares.

La salle de réception du Foyer Saint-Raphaël, à Rouyn, en 1937, apparaît comme un espace sobre et fonctionnel, aménagé pour accueillir les femmes hébergées par l’institution. Ce lieu sert à la fois d’espace de rassemblement, de repos et de sociabilité.

La salle de réception du Foyer Saint-Raphaël, à Rouyn, en 1937, apparaît comme un espace sobre et fonctionnel, aménagé pour accueillir les femmes hébergées par l’institution. Ce lieu sert à la fois d’espace de rassemblement, de repos et de sociabilité. (P124-Fonds Joseph Hermann Bolduc-BAnQ Rouyn-Noranda)

La nécessité de fonder un refuge pour les femmes

La précarité des conditions des femmes pousse Louis Rhéaume, évêque de Haileybury, à créer un refuge destiné aux jeunes femmes arrivant à Rouyn ou à Noranda pour y trouver du travail. Il confie ce projet aux religieuses de l’Institut Sainte-Jeanne-d’Arc, dont il connaît déjà l’efficacité. C’est ainsi qu’est fondé en 1937 le Foyer Saint-Raphaël, un établissement pouvant accueillir une cinquantaine de jeunes femmes éloignées de leur famille, laissées à elles-mêmes par les circonstances, ou exposées aux risques d’une ville inconnue. Le foyer offre un environnement stable à des travailleuses dont l’emploi demeure variable et incertain. Selon la compagnie d’entreprises générales du Témiscamingue, responsable du contrat de construction, le bâtiment, considéré comme l’un des plus beaux de Rouyn-Noranda et même de l’ouest de la province, fait face au lac Osisko et permet de profiter d’une vue remarquable sur la ville. Les religieuses y veillent au bien-être physique et moral des résidentes et s’assurent que la maison demeure un lieu sécurisant et bien organisé. Ces conditions difficiles montrent l’importance du Foyer Saint-Raphaël, qui devient l’un des rares lieux où les femmes dépourvues de soutien peuvent trouver un certain équilibre, un environnement sécurisant et un appui essentiel dans une ville où elles sont souvent laissées à elles-mêmes.

cafétéria du Foyer Saint-Raphaël de Rouyn, en 1937

La salle de cafétéria du Foyer Saint-Raphaël de Rouyn, en 1937, se présente comme un lieu simple et ordonné, destiné aux repas quotidiens des résidentes. Cet espace occupe une fonction essentielle dans la vie du foyer, en structurant les moments collectifs et le quotidien des femmes qui y sont accueillies. (P117-Collection Société d’histoire de Rouyn-Noranda-BAnQ Rouyn-Noranda)

Au même moment, l’État commence seulement à reconnaître la détresse des femmes. En 1937, le premier ministre du Québec, Maurice Duplessis, adopte la Loi instituant l’assistance aux mères nécessiteuses afin d’éviter que les femmes soient contraintes de placer leurs enfants pour gagner leur vie et pour protéger le noyau familial. Cette intervention tardive démontre l’ampleur de la précarité vécue par les femmes et la lenteur des protections sociales.

Créé dans le contexte de la crise des années 1930, le Foyer Saint-Raphaël met en lumière la vulnérabilité des femmes dans les régions minières et l’importance des institutions religieuses qui ont cherché à combler les manques de l’État. Vulnérables dans leur quotidien, mais protégées par les institutions, ces femmes trouvent dans le foyer un appui essentiel, avant que l’établissement n’accueille des personnes âgées et des prêtres retraités, puis ne soit transformé en immeuble à bureaux en 1985.

Dans le cadre du 100ᵉ anniversaire de la ville de Rouyn-Noranda, des étudiantes et des étudiants du programme de sciences humaines du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue ont produit des chroniques sous la supervision de leur professeur Martin Baron, de bénévoles de la Société d’histoire de Rouyn-Noranda, et des membres de l’équipe du centre d’archives de BAnQ à Rouyn-Noranda.

À lire aussi