Culture

Une double exposition à Amos sur le rapport à soi

Jusqu’en mars, les expositions Licher les batteurs et manger 8 toasts au beurre de Staifany Gonthier et Ressemble à personne se partagent le Centre d’exposition d’Amos.

Staifany Gonthier

Jusqu’en mars, les expositions Licher les batteurs et manger 8 toasts au beurre de Staifany Gonthier et Ressemble à personne se partagent le Centre d’exposition d’Amos.

Provenant d’une formation en graphisme, Staifany Gonthier a glissé tranquillement vers la peinture abstraite. Les formes, les mouvements et les couleurs s’alignaient d’elles-mêmes jusqu’au moment où elle a eu à trouver l’inspiration quelque part. « J’ai décidé de m’inspirer de mes souvenirs d’enfance. Donc, ça va de quand je me faisais des cabanes dans les coussins du divan avec mes frères à quand je jouais dans le bois avec ma cousine après l’école. Je faisais un peu un listing des souvenirs d’enfance des choses que j’aimais faire. »

Marquer le temps avec des souvenirs

L’artiste peintre professionnelle raconte qu’à travers sa démarche artistique, le rapport au temps et l’importance de marquer le temps sont le fil conducteur de sa pensée. Avec les souvenirs d’enfance, elle réussit alors à marquer le temps afin de se rappeler de moments clés de sa vie. « Par exemple, mon année 2024, c’est l’année que j’ai fait la murale d’Osisko en Lumière. Donc là, j’ai un repère dans le temps avec lequel je peux me transposer super facilement et me rappeler que mes gars jouaient au tennis et au golf. […] Et mon exposition, c’est plein de petits souvenirs comme ça. »

Notamment, son tableau qui s’intitule Du plus loin que je me souvienne explore son plus lointain souvenir. « Il me ramène super facilement à cette époque-là où quelqu’un m’a dit : “Ces poissons rouges sont propriétaires du business ici”. Dans ma tête d’enfant de deux ans, ç’avait du sens ! Mais aujourd’hui, tu comprends que c’est décousu. Ça reste super drôle comme petit moment. »

En double exposition avec Ressemble à personne

Pour Staifany Gonthier, le choix de jumeler son exposition à Ressemble à personne s’explique, certes, par le rapport à l’enfance, mais également parce que dans Ressemble à personne, il y a « des formes de corps en peluche qui sont déformés et où est-ce qu’on ne cherche pas la perfection. Et dans mon corpus, on est loin de la perfection. Il y a des accidents dans mes tableaux et c’est ce qui fait qu’ils sont beaux, différents et qu’ils ne ressemblent pas à d’autres, justement. »

D’ailleurs, la directrice artistique de Ressemble à personne, Marie-Andrée Levasseur, résume après coup, sans contact avec Staifany Gonthier, que l’exposition « peut faire des petites différences qui peuvent alléger tout le fardeau de la perfection. » Justement, cette œuvre avec de Fontaine Leriche avec les peluches a été créée pour « ramener comment on voyait le monde quand on était jeunes. L’artiste a créé des toutous grandeur nature, de différentes grandeurs et formes. Des personnages qui n’existent pas. […] Elle voulait faire référence à notre toutou préféré quand on était petits, un peu amoché, l’oreille arrachée, l’œil qui manque, un peu sale, pas vraiment parfait, usé, un peut tout croche, un peu mou. Elle est partie de cette prémisse-là en se disant que ce qui compte vraiment, ce n’est pas l’apparence, ce n’est pas la forme, mais c’est ce que ça nous rappelle. C’est un peu ce qui est invisible, notre essence. »

Ressemble à personne est une exposition qui rassemble plusieurs artistes, soit Ludovic Boney, Jérémie Deschamps Bussières, Fontaine Leriche, Vincent Morisset et Caroline Robert. Leur ligne directrice de laquelle ils se sont inspirés est la diversité corporelle et l’acceptation de soi. « À force de vouloir paraître, on en vient à disparaitre parmi tout le monde. […] Oui, tes contours physiques te définissent, mais c’est juste une partie de toi. Ton corps n’est pas tout ce que, toi, tu es. Tu es peut-être aussi l’accumulation des rencontres que tu peux faire », rappelle Mme Levasseur.

L’héritage de chacune des expositions

Ce que Staifany Gonthier souhaite transmettre avec son art est « l’importance de garder son cœur d’enfant. Si ça peut donner le goût à une famille de se mettre une grosse couverture sur la table de cuisine et d’aller se faire des toasts en dessous de la table pour souper, moi je trouve ça génial. » Et le souhait des artistes de Ressemble à personne ? « On voulait que l’exposition ait un impact durable sur le thème de s’accepter et d’accepter l’autre. On voulait aussi que les autres soient accueillies comme on voudrait, nous, être accueillis au-delà de ce qu’on peut voir au premier abord, au-delà des perceptions, d’être vraiment accueillis pour ce qu’on est. On souhaitait que les œuvres soient accueillies de cette façon-là auprès des gens. Que l’exposition soit un encrage et un rappel que c’est important de ne ressembler qu’à soi », conclut Marie-Andrée Levasseur.

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