Les célébrations de la victoire en 1945 : la fin du plus grand conflit de l’histoire vue de Rouyn et Noranda
La célébration du 80e anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale en 2025 marque un point clé dans sa commémoration. Quatre-vingts ans ont passé depuis la fin des atrocités du plus grand conflit de l’histoire, dont le nombre de morts s’élèv
La célébration du 80e anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale en 2025 marque un point clé dans sa commémoration. Quatre-vingts ans ont passé depuis la fin des atrocités du plus grand conflit de l’histoire, dont le nombre de morts s’élève à près de 70 millions, soit 2,5 % de la population mondiale de l’époque. C’est pour ne jamais oublier les sacrifices et le travail de ces personnes, que cet article vient présenter avec une note plus joyeuse, les célébrations dans les villes sœurs de Rouyn et Noranda de la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Victoire sur l’Allemagne
C’est le 8 mai 1945 que l’Allemagne nazie signe sa reddition mettant un terme aux conflits en Europe qui se déroulaient depuis déjà six longues années. Bien que les affrontements continuent activement dans le Pacifique entre le Japon et les forces alliées, c’est avec une grande joie que la nouvelle est accueillie ici au Canada : « Au Canada, les gens ont envahi les rues et les places publiques. De Sydney, en Nouvelle-Écosse, à Surrey, en Colombie-Britannique, les bureaux et les écoles se vident. Quelques usines ferment aussi leurs portes ce jour-là. Les Canadiens se rassemblent en groupes immenses pour rire, danser, écouter des concerts en plein air, acclamer les hommes et les femmes en uniforme et regarder la multitude de banderoles qui tombent du ciel. »
Les municipalités de partout au pays préparent donc les festivités de ce jour de la victoire, et cela n’exclut pas les agglomérations minières de Rouyn et de Noranda.
C’est en effet avec une grande réjouissance que la nouvelle est accueillie dans les villes sœurs vers 9 h 55, interrompant un programme radio de CKRN. Comme le relate le journal La Frontière dans l’édition du 10 mai 1945, en moins d’une heure les rues « étaient déjà décorées à profusion de drapeaux et d’oriflammes de toute sorte. » Nombreux étaient les magasins et les bureaux qui ont fermé leurs portes au courant de l’après-midi pour permettre à leurs employés de participer aux festivités. La compagnie Noranda a elle aussi arrêté ses activités sous terre pour permettre à ses mineurs de profiter de l’événement. Un important défilé s’est tenu dans les rues des villes sœurs vers 11 h de l’avant midi composé de nombreuses organisations civiles et militaires. Parmi elles, on peut compter la présence des chevaliers de Colomb, la Fédération russo-canadienne et les écoliers des écoles St-Michel et St-Joseph pour ne nommer que celles-ci, ainsi que les régiments armés de Hull qui étaient à la tête de cette parade. Au sommet des célébrations, on pouvait compter plus de 4000 personnes défilant dans les rues.

Défilé en face de l’Hôtel Albert sur l’actuelle Avenue Principale. La fermeture des écoles a permis à de nombreux enfants d’y participer. (Photo : 08Y,P124,S20,P317-45-35 BanQ Rouyn-Noranda)
À la suite du défilé se tenait, devant l’hôpital Youville, une série de discours prononcés par des figures importantes des deux villes. Le tout commença par le chant du Ô Canada. Alex Gordon, président du conseil d’organisation de cette journée, dit quelques mots relatifs à la victoire. Jaques Bouvrette, secrétaire du comité, rendit un hommage aux soldats canadiens et remercia Dieu pour cette journée. Le maire suppléant de Noranda, monsieur R.— V. Porritt, félicita les civils au nom du conseil de ville pour le succès du 8e emprunt de la victoire avec lequel la région s’est distinguée.
Des représentants des différentes organisations civiles présentes à l’événement se succédèrent par la suite. Un hommage fut rendu aux mineurs par J.-E. Côté, président du local 688 du C.I.O., pour les féliciter de leur travail et de leur contribution à la production industrielle dans le cadre de l’effort de guerre. Il qualifia cependant cette journée de « demi-victoire », mentionnant qu’il reste encore le Japon à vaincre dans le Pacifique. Les derniers orateurs à prendre la parole étaient les représentants religieux des villes. Le révérend C. Robinson de Noranda, dernier orateur anglais de la cérémonie, insista sur la reconnaissance à Dieu pour cette victoire et le curé de Noranda, l’abbé J.— M. Pelchat demanda deux minutes de silence « profondément intime et religieux », comme une prière à Dieu, pour qu’il puisse rendre la santé aux blessés de guerre, et un repos à ceux qui ont « fait le sacrifice suprême ». La cérémonie fut close par l’hymne « God Save The King ». L’ensemble des célébrations était diffusé par le poste CKRN dans les deux langues officielles du pays.
Défaite nippone dans le Pacifique
La nouvelle de la victoire sur le Japon, arrivée aux oreilles de la population le mardi 14 août 1945, annonça la fin de la guerre. La cérémonie qui eut lieu en cet honneur fut, quant à elle, plus discrète, mais tout aussi importante pour les habitants des villes sœurs. Les sirènes de la Noranda ont sonné au moment de l’annonce, suivies d’un défilé d’automobiles improvisé par les habitants. À cause de la forte pluie qu’il y avait à ce moment-là, peu de gens étaient présents dans les rues pour célébrer durant la matinée. En revanche, on pouvait compter sur la présence des membres de la communauté chinoise qui, toute la journée, n’ont pas hésité à montrer leur joie. Pour l’occasion, ils ont sorti leur drapeau, qu’ils ont affiché fièrement sur les édifices de Rouyn et de Noranda. Il ne faut pas oublier que pour eux, la guerre contre le Japon dure depuis 1937 et que cette victoire marque la fin de huit ans d’atrocités pour son peuple. Le lendemain, un défilé aux allures plus officielles est organisé par les Vétérans, célébrant la défaite de l’Empire du Soleil, mais aussi la libération des prisonniers de guerre canadiens de Hong-Kong, dont on n’avait que très peu de nouvelles depuis plus de quatre ans.
Dans le cadre du 100ᵉ anniversaire de la ville de Rouyn-Noranda, des étudiantes et des étudiants du programme de sciences humaines du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue ont produit des chroniques sous la supervision de leur professeur Martin Baron, de bénévoles de la Société d’histoire de Rouyn-Noranda, et des membres de l’équipe du centre d’archives de BAnQ à Rouyn-Noranda.