La révélation iranienne d’un spectacle amossois
En plus d’admirer 200 artistes locaux (musiciens, chanteurs, auteurs) sur la scène du Théâtre des Eskers, le public qui a assisté au huitième concert du Fonds Ange-Gardien Harricana a été époustouflé par les œuvres visuelles de Meisam Nemati, un créa
En plus d’admirer 200 artistes locaux (musiciens, chanteurs, auteurs) sur la scène du Théâtre des Eskers, le public qui a assisté au huitième concert du Fonds Ange-Gardien Harricana a été époustouflé par les œuvres visuelles de Meisam Nemati, un créateur numérique d’origine iranienne qui s’est forgé une place bien spéciale dans la communauté amossoise.
Le principal intéressé parle avec enthousiasme du concert présenté le 7 février dernier. « Comme cette édition soulignait les 10 ans du projet, c’était un spectacle festif avec beaucoup de joie, dit Meisam. Les pièces étaient formidables et tellement diversifiées. Le théâtre était plein, mais j’avais du mal à suivre ces détails, car je devais me concentrer sur tout ce que j’avais à faire. »
L’homme était effectivement très occupé ce soir-là. En plus d’avoir orchestré l’installation numérique avec laquelle les spectateurs pouvaient interagir dans le foyer du Théâtre des Eskers, il s’occupait pour la quatrième année consécutive des visuels durant le concert résolument classique.
Un grand défi pour l’artiste qui a l’habitude d’accompagner des musiques pop et électro avec son imaginaire visuel. « Pour Ange-Gardien, je prends deux à trois mois pour me préparer. J’apprends de nouvelles techniques et je les applique dans le spectacle. J’en profite pour grandir en tant qu’artiste. J’écoute chaque pièce, j’essaie de communiquer émotivement avec chacune d’elles et je crée un visuel précis. Je veux raconter une histoire à ma façon. »
Le défi était d’autant plus grand cette année avec les événements dramatiques qui ont lieu dans son pays d’origine au cours des derniers mois. « C’était une période très difficile pour moi. En Iran, des dizaines de milliers de personnes ont été assassinées en peu de temps. Je suivais les images et les informations sur mon cellulaire en pleurant, pendant que je créais du visuel festif sur mon ordinateur pour le spectacle. »
Le contraste émotif va le marquer pour toujours. « Les artistes avec qui j’ai travaillé (Guy Darby, Marie-Hélène Lavoie, Geneviève Hardy) et les membres de l’organisation m’ont accompagné pendant cette période de deuil. Je ne me suis jamais senti autant accepté et soutenu par une communauté. Ils se souciaient de ma santé mentale. C’était très touchant. »
De l’Iran au Canada
L’histoire de Meisam Nemati est tout sauf banale. Il a d’abord étudié pour devenir ingénieur minier dans son pays d’origine. « J’ai œuvré environ 12 ans dans cette industrie. J’ai entre autres travaillé sur le tunnel d’autoroute le plus large au Moyen-Orient. Puis, je suis revenu à Téhéran pour m’investir dans l’expansion du métro. Ensuite, j’ai immigré au Canada avec ma femme qui est médecin. »
Après son arrivée à Montréal, il a étudié au MBA à l’Université Concordia. « À la fin du programme, tous mes collègues de classe voulaient évoluer en finances et porter un complet-cravate. Je rêvais d’autre chose… »
En effet, avant de quitter sa terre natale, la perte d’un être cher — un cousin qu’il considérait comme son frère — a eu l’effet d’un défibrillateur. « La vie est courte. Depuis ma jeunesse, je rêvais de devenir un artiste. Pourtant, je faisais seulement de la musique dans mon studio maison et je la partageais à des communautés underground. Je dessinais aussi le visuel des albums. »
Enfin, un atelier de deux mois à la Société des arts technologiques (SAT)de Montréal a tout changé. « J’ai appris comment créer du visuel pour des environnements à 360 degrés. C’est tellement complexe que si tu sais faire ça, tu peux presque tout faire dans les arts numériques. »
De son côté, sa femme rêvait de devenir chirurgienne. Mais après deux ans à construire une nouvelle vie et à s’épuiser dans un programme d’études ultra-exigeant, elle a décidé de se réorienter en médecine familiale. « À ce moment, on lui a offert trois lieux de travail potentiel. Pourquoi on a choisi Amos ? Je ne peux pas vraiment l’expliquer. C’était magique. »
Le couple est arrivé au début 2020, en plein hiver. « On conduisait dans la noirceur et on pleurait entre Val-d’Or et Amos. On s’est établi ici durant la pandémie. On était très isolés. On n’avait aucun ami. Puis, notre fils est né à Amos. C’était un nouveau départ. »
Son travail l’amène aujourd’hui à se rendre à Montréal et en Allemagne, alors que ses œuvres ont voyagé au Brésil, en Angleterre et aux États-Unis avec différents artistes. Quand on le questionne sur ses ambitions, il évoque d’abord le rêve de travailler dans une sphère comme celle de Las Vegas pour déployer son travail à 360 degrés.
Localement, il souhaite ouvrir des portes aux prochains créateurs d’arts numériques et bâtir des ponts entre les arts numériques et les arts analogues, comme ce fut le cas au concert Fonds Ange-Gardien Harricana au cours des dernières années.