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Noranda Mines et la fin tragique d’un loisir en plein air à Noranda

Avec l’exploitation des sols et l’établissement de la mine Noranda aux alentours de 1925, le lac Osisko devient une ressource fondamentale située au sein de la ville. L’aménagement d’une plage au bord de ce dernier fait de la baignade un loisir très

Vue aérienne mine Noranda 1930

Avec l’exploitation des sols et l’établissement de la mine Noranda aux alentours de 1925, le lac Osisko devient une ressource fondamentale située au sein de la ville. L’aménagement d’une plage au bord de ce dernier fait de la baignade un loisir très apprécié par les habitants de Rouyn et de Noranda. Ce passe-temps prend un virage radical lorsqu’en 1947, la baignade dans le lac Osisko devient complètement interdite. Or, avec l’accroissement de la population, diverses alternatives seront développées pour pallier l’inaccessibilité de la plage du lac Osisko.

Bref passé du lac Osisko

Au début des années 1920, l’Abitibi-Témiscamingue devient une véritable galerie souterraine. On y découvre des gisements généreux et on exploite le sous-sol par forage. Il y a lieu de souligner la découverte du fameux gisement « H » par Edmund Horne qui entraînera l’établissement des villes-sœurs, Noranda et Rouyn. En effet, ce gisement exceptionnel est trouvé en marge du lac Osisko.

En apprenant la nouvelle, plusieurs compagnies nord-américaines s’emballent. Ainsi, le « Thomson-Chadbourne Syndicate », qui réunit les grands noms de la finance new-yorkaise, achète la propriété du lac Osisko afin d’y établir la compagnie Noranda Mines Limited. C’est autour de cette industrie dominante que gravite la population. Peu à peu, les bords du lac se peuplent. Des travailleurs s’y installent avec leurs familles, et la population croît rapidement. Or, la qualité de l’eau ne tarde à se détériorer. Dès 1928, un médecin décrète formellement qu’elle n’est plus potable. Effectivement, le lac est gravement impacté par les activités qui l’entourent. Cependant, le lac Osisko subit surtout les conséquences des déversements de « slam de la mine ». Par conséquent, le 11 juillet 1935, un article publié dans le journal Noranda Press souligne la consistance sirupeuse et le teint anormal du lac Osisko, tout en « rassurant » la population par l’entremise de son titre : Highly colored Water need cause no Alarm. Malgré les doutes, on affirme qu’il s’agit d’un phénomène naturel.

Baignade lac Osisko 1940

Des gens qui se baignent dans le lac Osisko autour des années 1940, lorsque cela était encore possible. (Photo : BAnQ-Rouyn-Noranda, 08Y, P124, P408-43-1)

La baignade et la société du loisir au Québec

La période d’après-guerre au Québec se distingue fortement par son baby-boom, mais également par l’essor d’une nouvelle société de consommation. Par conséquent, les enfants occupent une place centrale dans la société, ce qui accroît l’importance du temps libre au quotidien. C’est ainsi que prend forme la « civilisation du loisir ». Ce phénomène de masse fait croître l’intérêt envers les activités de plein air. La baignade, ayant presque toujours été pratiquée autour du fleuve Saint-Laurent, devient un loisir très populaire.

À partir 1930, on compte au Québec quelques plages « structurées ». En surcroît, avec l’apparition de vacances payées, la population cherche davantage à occuper son temps. Les Québécois sont nombreux à prendre la direction de la Nouvelle-Angleterre afin d’y fréquenter les grandes plages. Dans le même ordre d’idées, de plus en plus de médecins font l’association entre les mouvements du corps et une meilleure condition physique. C’est d’ailleurs pourquoi la baignade, surtout associée à la féminité et à la détente, perd une part de sa popularité et fait place à la nage. Bref, que ce soit pour bénéficier d’une baignade ou d’une séance de natation, les citoyens des villes sœurs adorent avoir accès à la fameuse plage du lac Osisko.

Plage Kiwanis 1947

La plage Kiwanis, dite « plage des pauvres », en 1947. Voir qu’il y a peu d’installations aux abords de la plage et que les civils s’y baignent plutôt « sauvagement ». Une lettre ouverte du journal La Frontière dénonce davantage l’état de la plage Kiwanis[1]. (Photo : BANQ-Rouyn-Noranda. 08Y,P124,S29,P4)

L’avis de 1947

Le 12 juin 1947, du jour au lendemain, les citoyens sont accueillis par des affichages interdisant la baignade dans le lac Osisko, et ce, jusqu’à nouvel ordre. Cette nouvelle « inattendue » est justifiée par un avis de M. Maheu, docteur à la clinique de santé publique, qui paraît la journée même dans le Noranda Press. Ce dernier conclut que l’eau aurait une teneur élevée en acide, étant à la fois contaminée par les résidus miniers et par le drainage des villes. Malgré la déception que suscite cette décision, aucun retour n’est fait sur l’interdiction. Avec les années qui filent, la plage n’est malheureusement jamais réouverte.

Inauguration piscine extérieure Noranda 1950

Inauguration de la piscine extérieure par la mine Noranda le 30 juin 1950. (Photo : BAnQ-Rouyn-Noranda, Fonds J.H. Bolduc)

L’inauguration de la piscine et d’autres infrastructures par la mine Noranda

Pour pallier les dommages causés, la mine Noranda assure l’établissement de nouvelles infrastructures récréatives. Dans un premier temps, un article du Noranda Press paru le 19 juin 1947 annonce l’établissement d’un parc en bordure du lac Osisko. La mine Noranda prévoit y investir jusqu’à 150 000 $. En surcroît, la compagnie prévoit la mise en place d’une piscine publique extérieure sur la 11e rue à Noranda. La nouvelle est partagée aux citoyens par l’entremise d’un article de La Frontière en 1949. Dès le 30 juin 1950, la population peut jouir de ce nouveau joyau. Finalement, il y a la construction du Centre récréatif de Noranda, un grand complexe sportif où se côtoient diverses disciplines, dès le 27 janvier 1951.

Dans le cadre du 100ᵉ anniversaire de la ville de Rouyn-Noranda, des étudiantes et des étudiants du programme de sciences humaines du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue ont produit des chroniques sous la supervision de leur professeur Martin Baron, de bénévoles de la Société d’histoire de Rouyn-Noranda, et des membres de l’équipe du centre d’archives de BAnQ à Rouyn-Noranda.

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