Culture

Le sourire chilien qui réchauffe La Sarre

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En août 2022, à quelques jours de son 33e anniversaire, Elizabeth V. Azocar Padilla a quitté le Chili pour une nouvelle vie à La Sarre. Les clients du McDonald reconnaissent probablement son sourire contagieux quand elle prend leur commande au service à l’auto. Il est temps de connaître la femme derrière le sourire.

Souffrant de l’instabilité de son pays natal, Elizabeth a osé changer de pays en immigrant au Canada toute seule, en espérant retrouver son mari et sa fille rapidement. « La vie du migrant, c’est apprendre à vivre avec un pied dans le passé et le cœur tourné vers l’avenir, explique-t-elle. C’est apprendre à s’adapter sans mode d’emploi et à continuer d’avancer même lorsque l’âme est fatiguée. Ce n’est pas seulement changer de pays, c’est se reconstruire à partir de zéro, dans une autre langue, avec d’autres coutumes, avec moins de certitudes et plus de courage. »

En effet, elle ne connaissait pratiquement rien du Québec, de La Sarre, de la nature et… de la température. « Une chance que je suis arrivée durant l’été, dit-elle en rigolant. Je ne savais rien de l’hiver avant de venir. C’a été mon premier choc culturel. »

Elle a toutefois adoré le calme des lieux et l’air pur de la région. « En Abitibi, c’est tranquille. Je viens de la capitale de mon pays et j’ai travaillé dans les grandes provinces du Chili. Il y a beaucoup de manifestations, de bruit et de trafic. Je me sentais stressée et j’avais besoin de calme. Je l’ai trouvé ici. Tout est propre et bien organisé. »

Son plus grand défi : apprendre le français. « Quand je suis arrivée à La Sarre, je ne connaissais rien, sauf "bonjour" et "je t’aime". Au début, je parlais avec mes collègues du McDo grâce à une application de traduction. Il fallait beaucoup de patience. Je suis très reconnaissante. Maintenant, ça va bien. »

Les paysages sont différents. La nourriture est différente. Les interactions sociales le sont aussi. « Les latinos, nous sommes très tactiles : on aime toucher, donner des câlins et des bisous. Ici, les gens sont plus réservés. Avec le temps, j’ai réussi à m’adapter. »

Le temps lui a aussi permis de retrouver sa famille. Après huit mois en Abitibi, sa mère l’a informée que sa fille commençait à avoir de la difficulté à l’école et à se sentir triste. Elle est donc allée la chercher au Chili pour l’amener avec elle. « J’avais peur que ce soit difficile pour elle, mais après six mois, elle parlait déjà mieux que moi. Elle a l’accent québécois! »

En février 2024, son mari Philippe, haïtien d’origine, l’a rejointe au Québec. « Comme il parle français et qu’il avait déjà immigré d’Haïti vers le Chili, c’est plus facile pour lui que pour moi. Au début, il a travaillé chez McDonald, mais comme il a un diplôme en génie de la construction, il travaille maintenant pour Maisons Nordique. »

Inévitablement, Elizabeth s’ennuie de ses racines. « J’ai quitté mon pays, mais il ne sortira jamais de mon cœur. Quitter fait mal. Recommencer fait mal. Mais il existe aussi une force silencieuse qui naît sur ce chemin, celle de celui qui n’abandonne pas, de celui qui rêve même s’il a peur, de celui qui transforme la nostalgie en espérance. »

Elle parle avec reconnaissance des gens qui l’ont soutenue depuis son arrivée : sa patronne Isabelle Leblanc et ses nombreux collègues. « Toutes les personnes qui ont croisé mon chemin m’ont aidée. Je me suis sentie accueillie. »

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