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Rouyn‑Noranda au cœur des grands spectacles des années 1950

La vie musicale a toujours été particulièrement active au Québec, que ce soit la musique populaire traditionnelle, la musique d’église, ou même, dans les villes, les concerts et les opéras. Dans les années 1950, Rouyn-Noranda est une ville en plein e

L’annonce de nombreuses prestations d’artistes de renom du Grand Ole Opry le 14 septembre 1959. Les billets se vendent 1 $ à l’avance, 1,50 $ à la porte, et finalement, ils en coûtent 0,50 $ pour les enfants de moins de 12 ans.

La vie musicale a toujours été particulièrement active au Québec, que ce soit la musique populaire traditionnelle, la musique d’église, ou même, dans les villes, les concerts et les opéras. Dans les années 1950, Rouyn-Noranda est une ville en plein essor économique grâce à son industrie minière florissante. Une arrivée massive de travailleurs, majoritairement de jeune âge, prend place pour combler les emplois de la ville. Ainsi, le foisonnement économique lié à la vigueur du milieu minier et l’affluence de travailleurs créent une énorme demande pour du divertissement dans les villes jumelles. Dans ce contexte, les hôtels et salles de spectacle ont prospéré, car ils répondaient à la fois aux besoins d’hébergement et de loisirs. Effectivement, dans le but d’élargir leur audience, les propriétaires d’hôtels rivalisaient pour engager des artistes de haut calibre local, parfois des vedettes internationales. Cette dynamique de compétition a favorisé la venue de musiciens célèbres à Rouyn-Noranda, et ce, malgré son éloignement géographique.

Grand Ole Opry

L’orchestre du Grand Ole Opry de Nashville au Tennessee, qui est une émission de radio hebdomadaire en direct et en public, se présente au Centre récréatif de Noranda le 14 septembre 1959. Cet ensemble, autrefois appelé WSM Barn Dance, regroupe des artistes renommés jouant de la musique country. Dans les années 1950, l’Opry constituait un pilier emblématique de la culture américaine. Cela s’explique, car son influence dépassait largement les frontières des États-Unis. Les gens des régions du Midwest, du Sud et même du Canada se rassemblaient chaque samedi soir devant leur radio chaque samedi soir, faisant de l’émission un véritable rituel hebdomadaire.

En raison de la proximité de l’Ontario, les régions du Témiscamingue et l’Abitibi sont plus exposées à l’influence culturelle américaine que le reste du Québec. Dès le 10 septembre 1959, la rumeur de la présence de l’orchestre du Grand Ole Opry se répand dans le journal La Frontière qui mentionne « un programme de deux heures de chants et de musique, débutant à 8 h 30 suivit d’une grande danse ». Des artistes de musique country connus mondialement sont donc attendus pour performer. Ce qui agite supposément la population abitibienne au plus haut point.

Le Grand Ole Opry présente des chanteurs tels que les époux Wilma Lee et Stoney Cooper, tous deux écrivains accomplis, accompagnés de leur orchestre Clinch Moutain Clan, un groupe de musiciens eux aussi très reconnu, notamment en Virginie occidentale à l’époque. D’autres musiciens de l’époque sont également présents. Mentionnons Mike Wiseman, Grandpa Jones, l’étoile de plusieurs programmes, dont Radio Show à Warl, l’un des favoris de la station de radio locale américaine WMVA Wheeling Jamboree Big Slim, et le cowboy solitaire qui performeront eux aussi au même moment. Le journal évoque certaines compositions des Coopers qui y seront pour jouer des pièces de leur nouveau disque Big midnight special, X marks the spot, en plus d’autres de leurs chants reconnus comme Diamond Joe, I want to be loved et Come walk with me. Noranda accueille donc possiblement l’un des plus grands spectacles dans le domaine musical country à l’époque.

Le journal annonce que le chanteur d’opérette Maurice Chevalier donnera un concert au Théâtre Alexander de Rouyn le 4 et le 5 juin. Il y présente le même programme que celui donné au théâtre His Majesty’s de Montréal.

Le journal annonce que le chanteur d’opérette Maurice Chevalier donnera un concert au Théâtre Alexander de Rouyn le 4 et le 5 juin. Il y présente le même programme que celui donné au théâtre His Majesty’s de Montréal. (Photo : Le Droit d’Ottawa, 15 mai 1951)

Modernisation culturelle de Rouyn

L’ouverture au monde du Québec, mais de l’Abitibi minière surtout, se produit par le contact, tout comme le mélange des différentes cultures et communautés. À partir de 1925, un très grand nombre d’immigrants européens, pour la plupart originaires d’Europe centrale et d’Europe de l’Est, s’établissent dans les villes minières de l’Abitibi où ils font partie intégrante de la vie collective. La deuxième vague d’immigration de 1953 à 1961 vient donner une vigueur nouvelle à plusieurs communautés qui renouent avec leur langue, leur culture, leurs traditions nationales. En 1961, l’immigration atteint son apogée à Rouyn‑Noranda, plus de 3 167 personnes nées à l’étranger y résident, représentant 10,6 % de la population.

Au sein des quartiers ouvriers, ou encore des salles communautaires que l’on trouve dans les villes minières, les différentes traditions musicales se rencontrent et se transforment au contact les unes des autres. Ce climat de diversité prépare naturellement les habitants à accueillir les nouvelles tendances musicales qui gagnent en popularité sur le continent nord‑américain. Ainsi, la présence d’un public, non seulement plus ouvert, mais aussi diversifié, favorise la venue d’artistes internationaux mentionnés précédemment. Ces spectacles ne font pas qu’entretenir la population, ils accélèrent la modernisation culturelle déjà amorcée par le brassage des communautés immigrantes. Des figures majeures telles que Maurice Chevalier, Duke Ellington, Émile Jones et plusieurs autres performent en spectacle sur les scènes rouynorandiennes. Effectivement, le journal La Frontière du mai 1949 indique la prestation du fameux chanteur de jazz Duke Ellington au Club de Casa Loma à Rouyn. Ensuite, en 1951, le concert du 7 et 8 juin de l’artiste français Maurice Chevalier au Théâtre Alexander de Rouyn est mentionné dans le journal Le Droit d’Ottawa. Finalement, le chanteur jazz afro-américain Émile Jones est de passage à Rouyn-Noranda 2 janvier 1964 et rend son public chaleureux et varié plus que satisfait.

L’accueil réservé à ces artistes montre à quel point Rouyn et Noranda se transforment au milieu du 20ᵉ siècle. Ces événements, bien plus que de simples soirées de divertissement, contribuent à forger une identité collective et à mettre en lumière un dynamisme culturel. En somme, la prospérité économique des années 1950 a favorisé l’émergence des villes-sœurs comme lieu culturel de premier plan.

Dans le cadre du 100ᵉ anniversaire de la ville de Rouyn-Noranda, des étudiantes et des étudiants du programme de sciences humaines du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue ont produit des chroniques sous la supervision de leur professeur Martin Baron, de bénévoles de la Société d’histoire de Rouyn-Noranda, et des membres de l’équipe du centre d’archives de BAnQ à Rouyn-Noranda.

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