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De la paille aux tatamis : l’esprit combatif du club de Judo de Rouyn-Noranda

En 1962, alors que la ville de Rouyn-Noranda vibre au rythme des mines, un jeune immigrant français du nom de Gaby Pinto pose ses valises à Rouyn-Noranda pour échapper au service militaire obligatoire dans son pays natal. Comme d’autres familles orig

Lettre approuvant la demande de dojo officiel signé par Raymond Damblant, pilier du judo au Canada.

En 1962, alors que la ville de Rouyn-Noranda vibre au rythme des mines, un jeune immigrant français du nom de Gaby Pinto pose ses valises à Rouyn-Noranda pour échapper au service militaire obligatoire dans son pays natal. Comme d’autres familles originaires d’Europe qui viendront s’installer dans la ville, Gaby Pinto fait partie de cette dizaine d’enseignants venus enseigner au cégep de l’Abitibi-Témiscamingue. Loin de se douter de l’impact qu’il aurait, Gaby Pinto troque l’uniforme militaire pour le judogi, fondant ainsi le club de Judo de Rouyn-Noranda et l’un des plus vieux clubs du Québec. Retour sur plus de 60 ans d’histoire, de bénévoles et de service à la communauté.

Une naissance nomade et des débuts à la dure

Le judo s’implante au Canada dès les années 1920 et au Québec vers 1960, il débute à Rouyn dès 1962 ce qui en fait l’un plus vieux clubs du Québec. Sous la supervision de Gaby Pinto, ceinture noire, premier directeur technique de 1962 à 1980, le club, officiellement nommé Association locale des sports de combat (ALSC), connaît des débuts modestes et itinérants. « Dans les mentalités [de l’époque], les loisirs [et les activités sportives] deviennent désormais un droit dont la réalisation passe par le développement des services […] encadrés et d’installations diverses. »

Raymond Damblant

Sur cette photo, on peut voir Raymond Damblant, qui exécute Kata guruma lors d’un stage régional à Rouyn-Noranda. (Photos : archives — Club de judo de Rouyn-Noranda)

Les premiers entraînements se déroulent dans des conditions très difficiles et rudimentaires. C’est dans le centre récréatif (dorénavant le centre IamGold) qu’ont lieu les tout premiers cours. Les judokas ne chutaient pas sur des surfaces certifiées, mais sur de la « chip de bois » recouverte d’une simple toile. C’est au deuxième étage du célèbre Forum de Rouyn (là où se trouve l’actuelle cafétéria) que le club a, par la suite, déménagé. Cette fois-ci, il y avait des surfaces de combat, mais les tatamis étaient faits de paille compressée. C’est dans ce contexte héroïque que le club acquiert ses lettres de noblesse. Un document historique témoigne de cette officialisation : la lettre d’affiliation à Judo Québec de 1968, signée par les fondateurs du judo au Canada.

Cette reconnaissance officielle est suivie par la venue des plus grands judokas établis au Canada à l’époque. En 1969, Raymond Damblant, premier président de Judo Québec, vient y donner un stage technique. L’année suivante, c’est le maître Hiroshi Nakamura qui se déplace de Montréal, qui est reçu officiellement par le maire et les conseillers municipaux, prouvant ainsi l’importance sociale que prenait le club au sein de la communauté.

L’âge d’or des Gaillards et la quête d’un local permanent

Les décennies 1980 et 1990 marquent une période de transition et d’effervescence. La direction technique passe aux mains de successeurs dévoués tels que Daniel Henry (1980-1984), Donald Ferland (1984-1989), Jacques Tremblay (1989-1997) et Guy Charbonneau, qui s’impliquera de 1991 jusqu’en 2023. Le club atteint des sommets de popularité, comptant entre 200 et 250 membres, notamment grâce à l’engouement médiatique pour les « Tortues Ninja » qui pousse les jeunes vers les arts martiaux. Le club s’installe alors au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, où l’équipe des « Gaillards Judo » brille sur la scène provinciale, remportant même le championnat collégial du Québec et de l’Ontario. Cependant, l’histoire du club est aussi marquée par une lutte constante pour avoir un local permanent. Malgré une pétition de 40 étudiants désirant pratiquer les sports de combat, la direction des sports de l’époque privilégie le badminton et les sports de ballon, forçant le club à quitter les palestres du Cégep. La perte du local au Cégep mènera les judokas vers l’école George Loosemore, puis à l’ancienne université située près de l’aréna Jacques Laperrière, en passant par le restaurant Mikes et divers locaux municipaux.

Gaby Pinto (au centre)

Gaby Pinto (au centre) entouré de ses élèves lors d’une victoire par équipe au tournoi régional de Val-d’Or. Le club s’est rapidement imposé comme une force compétitive en Abitibi. (Photo : archives — Club de judo de Rouyn-Noranda)

Malgré ces déménagements successifs et des périodes plus creuses où le membership a chuté autour de 50 membres, le noyau dur de bénévoles encadrés par l’entraîneur Simon Groleau (entraîneur de nombreux athlètes de Rouyn-Noranda) a maintenu le club en vie, organisant des championnats provinciaux et formant des athlètes de niveau national comme Daniel Pilon ou une championne canadienne dont la carrière fut malheureusement écourtée.

Aujourd’hui, le club se porte très bien, et ses 150 membres en font l’un des plus grands clubs du Québec. Un groupe de nouveaux bénévoles sous la présidence de Philippe Mainville et du directeur technique Claude Laflamme, le club est aujourd’hui localisé de manière durable à l’aréna Iamgold et plusieurs de ses membres performent sur la scène nationale et internationale.

Une publicité incitant la population à s’inscrire aux cours de judo offerts tous les soirs de la semaine au Forum de Rouyn, illustrant l’accessibilité du sport dès ses débuts.

Une publicité incitant la population à s’inscrire aux cours de judo offerts tous les soirs de la semaine au Forum de Rouyn, illustrant l’accessibilité du sport dès ses débuts. (Photo : archives — Club de Judo de Rouyn-Noranda)

Dans le cadre du 100ᵉ anniversaire de la ville de Rouyn-Noranda, des étudiantes et des étudiants du programme de sciences humaines du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue ont produit des chroniques sous la supervision de leur professeur Martin Baron, de bénévoles de la Société d’histoire de Rouyn-Noranda, et des membres de l’équipe du centre d’archives de BAnQ à Rouyn-Noranda.

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