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Val-d’Or au temps de la guerre froide : l’arrivée du nucléaire en Abitibi

Un projet militaire bouleverse le quotidien En hiver 1963, la ville minière de Val-d’Or voit son destin bousculé par un projet militaire d’envergure. L’Aviation royale canadienne démarre la construction d’entrepôts spécialement conçus pour le stockag

Présents sur la photo, des militaires et leurs familles lors de la première journée Canada–États-Unis au parc Boulamarque à Val-d’Or.

Un projet militaire bouleverse le quotidien

En hiver 1963, la ville minière de Val-d’Or voit son destin bousculé par un projet militaire d’envergure. L’Aviation royale canadienne démarre la construction d’entrepôts spécialement conçus pour le stockage d’armes nucléaires. Cette initiative s’inscrit dans le cadre des missions du NORAD (North American Air Defense), organisme chargé de défendre le continent nord-américain contre les menaces d’une attaque soviétique.

Une décision stratégique au cœur des tensions internationales

La période des années 1960 est marquée par une tension palpable liée à la Guerre froide. Après la crise des missiles de Cuba en 1962, le monde entier prend conscience de la fragilité de l’équilibre nucléaire. En réaction, le gouvernement canadien dirigé par Lester B. Pearson, en partenariat avec les États-Unis, choisit d’établir une base militaire à Val-d’Or, dotée d’ogives nucléaires. L’objectif est de renforcer la défense aérienne du continent et d’assurer une capacité de riposte en cas d’agression.

Dès 1962, des chasseurs CF-100 sont déployés dans la région, mais c’est en 1964 que la base militaire de Val-d’Or prend véritablement forme. Des hangars sont construits pour accueillir les CF-101 Voodoo, des avions de combat capables d’intercepter des bombardiers ennemis. Des installations sécurisées sont également aménagées pour entreposer les armes nucléaires. Tous ces travaux s’effectuent dans les rigueurs de l’hiver québécois de 1962, illustrant la détermination militaire face à la menace soviétique.

Construction des abris nucléaires qui vont accueillir les ogives nucléaires plus tard au cours de l’année 1964 à la base militaire de Val-d’Or.

Construction des abris nucléaires qui vont accueillir les ogives nucléaires plus tard au cours de l’année 1964 à la base militaire de Val-d’Or. (Photo : Société d’histoire et de généalogie de Val-d’Or P.264.)

Entre inquiétude et fierté : la réaction de la population

L’installation d’une base nucléaire dans une ville de taille moyenne suscite de nombreuses réactions. Une partie des habitants exprime ses inquiétudes, craignant les conséquences d’un éventuel accident, ou encore que Val-d’Or soit prise comme cible privilégiée en cas de conflit. Les autorités canadiennes s’efforcent de rassurer la population, affirmant que les armes sont « purement défensives » et ne constituent pas une provocation. Le NORAD n’interviendrait qu’en cas de preuve irréfutable d’une attaque contre le continent.

Malgré ces craintes, certains voient dans cette base un motif de fierté et un facteur de dynamisme pour la ville. Val-d’Or, connue principalement pour ses mines, devient alors un maillon essentiel de la défense nord-américaine.

Une ville transformée par la présence militaire

En 1965, la base militaire accueille environ 500 militaires, 67 civils et près de 187 familles s’installent en ville. L’impact sur Val-d’Or est immédiat : les commerces prospèrent, les écoles voient arriver de nouveaux élèves, et la vie sociale s’enrichit. La ville prend des allures de cité militaire, où civils et soldats cohabitent au quotidien.

Construction des abris nucléaires qui vont accueillir les ogives nucléaires plus tard au cours de l’année 1964 à la base militaire de Val-d’Or.

Construction des abris nucléaires qui vont accueillir les ogives nucléaires plus tard au cours de l’année 1964 à la base militaire de Val-d’Or. (Photo : Société d’histoire et de généalogie de Val-d’Or P.264.)

Les militaires ne se contentent pas d’assurer la défense du territoire ; ils s’engagent activement dans la vie locale. Dès 1968, ils organisent un carnaval hivernal, devenu un rendez-vous annuel avec des concours de sculptures sur glace et des démonstrations aériennes spectaculaires. Lors de la Journée des Forces armées, les habitants assistent aux manœuvres des CF-101 Voodoo, symboles de la puissance technologique. Les soldats participent également à des activités sportives et sociales, renforçant les liens avec la communauté.

Chaque année, ils prennent part aux cérémonies du jour du Souvenir, aux côtés des cadets de l’aviation et de la Légion canadienne. Ces moments solennels rappellent la mission partagée de protéger et d’honorer ceux qui ont servi.

Un héritage discret, mais marquant

Aujourd’hui, la présence d’armes nucléaires à Val-d’Or demeure un épisode méconnu de l’histoire québécoise. Elle incarne pourtant la tension de la guerre froide et révèle l’importance stratégique qu’une petite ville de l’Abitibi pouvait revêtir dans un contexte de conflit mondial. Entre inquiétude et fierté, les habitants ont vécu au rythme des avions de chasse et des militaires, témoins d’une époque où la menace nucléaire planait jusque dans le nord du Québec.

Dans le cadre du 90ᵉ anniversaire de la ville de Val-d’Or, des étudiantes et des étudiants du programme de sciences humaines du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue ont produit des chroniques sous la supervision de leur professeur Martin Baron, et des membres de l’équipe de la Société d’histoire et de généalogie de Val-d’Or.

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