La Zone d’innovation minière voit le jour à Rouyn-Noranda
Le gouvernement du Québec a annoncé le 24 mars dernier la création de la Zone d’innovation minière (ZIM) à Rouyn-Noranda en Abitibi-Témiscamingue.
Le gouvernement du Québec a annoncé le 24 mars dernier la création de la Zone d’innovation minière (ZIM) à Rouyn-Noranda en Abitibi-Témiscamingue.
L’annonce a été faite devant plus d’une centaine de personnes réunies à l’Atrium de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT). C’est d’abord Jean Boulet, ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, ministre du Travail, ministre responsable de la Stratégie maritime et ministre responsable de la région de la Mauricie qui a pris la parole pour confirmer des investissements de plus de 2,7 G$, dont 98 M$ de Québec. Cette cinquième Zone d’innovation dans la province permettra notamment de consolider la position du Québec dans le domaine des minéraux critiques et stratégiques, qui sont essentiels à la transition énergétique, entre autres. Elle favorisera également la productivité et la durabilité de l’industrie par l’automatisation, l’intelligence artificielle et l’utilisation optimale de notre énergie, en plus d’accélérer la découverte et la transformation de nos métaux et minéraux qui généreront des retombées économiques importantes pour le Québec. « Les zones d’innovation sont au cœur de notre vision pour favoriser le passage des idées aux marchés, accroître les investissements locaux et étrangers, et accélérer le virage des organisations vers une croissance propre et durable. La ZIM augmentera les synergies et l’agilité de notre secteur minier, entre autres pour concevoir de nouvelles technologies et valoriser nos minéraux critiques et stratégiques. Grâce à elle, le Québec s’imposera véritablement comme un leader en innovation minière », a déclaré Jean Boulet sous une pluie d’applaudissements.

L'Atrium de l'UQAT était bondé pour l'annonce officielle de la ZIM à Rouyn-Noranda. (Photo Le Citoyen - Christine Morasse)
Une attente qui en aura valu la peine
Pour Patrick Martel, président de la ZIM, le travail initié en 2020 pour attirer cette cinquième Zone d’innovation au Québec aura valu la peine : « On a travaillé pendant un an uniquement pour monter le dossier de qualification et ensuite pendant les cinq années suivantes on a corrigé et modifié notre candidature pour satisfaire aux exigences du gouvernement. On s’est inspiré des autres zones d’innovation pour créer un dossier robuste. Il y a plein de choses qui se sont passées en cinq ans, mais on a réussi à maintenir ce noyau-là actif, à travers le chaos, avec des gens engagés que ce soit l’industrie, les entreprises innovantes, le milieu académique et les instances gouvernementales. Aujourd’hui c’est une étape importante, mais c’est surtout le départ de l’accélération du projet. »
Deux axes
Toujours selon M. Martel, la ZIM priorisera deux axes de développement stratégiques. Le premier est « la partie mine connectée et intelligente donc la mine autonome, et l’autre axe est la mine durable et désirable. On veut que les projets ne soient pas seulement acceptables, mais désirables. Tout l’environnement minier, la restauration de sites, les relations avec les citoyens, les Premières Nations, c’est au cœur de nos préoccupations. Une Zone d’innovation permet d’avoir ce genre de dialogue parce qu’on a une certaine perspective et on se met en retrait, on est beaucoup à l’écoute pour être capable de faire émerger l’innovation. On a déjà plusieurs projets dans le collimateur, on pense à des projets miniers, mais aussi en intelligence artificielle et des projets de recherche entre autres. L’intention est toujours très claire et elle est déterminée par le groupe d’innovation minière. Ensuite, elle nous permet de se questionner à savoir si on va être capable d’exporter ces innovations-là, si on va être capable d’avoir un impact positif sur nos territoires, si on va être capable de changer les façons de faire, pour faire mieux. »

Patrick Martel président de la ZIM (Photo Le Citoyen - Christine Morasse)
Un recteur fier
La ZIM, qui se déploiera sur un territoire d’un kilomètre carré dans l’environnement de l’UQAT, rassemble déjà les principaux atouts d’un écosystème robuste unique au monde dans le secteur minier. Elle met à profit plus de 30 années de recherche et d’innovation en partenariat étroit avec les acteurs industriels de la production primaire ou de la transformation secondaire et tertiaire, les équipementiers, les firmes de génie-conseil de même que les établissements de recherche et d’enseignement situés à travers la région et le Québec.
Pour Vincent Rousson, recteur de l’UQAT, c’est un moment de grande fierté. « Depuis 2018 qu’on travaille sur ce dossier-là. C’est l’aboutissement de plusieurs années de travail et c’est une belle journée aujourd’hui ! On a joué un rôle de catalyseur dans ce projet et on annonce aujourd’hui un agrandissement important dont un pavillon pour notre Institut de recherche en mines et en environnement, des infrastructures de recherche, des laboratoires mobiles et de nouvelles chaires de recherche. C’est un grand jour pour l’UQAT, mais c’est surtout un grand jour pour l’Abitibi-Témiscamingue. On veut créer un milieu de vie autour de l’UQAT et du Cégep, l’habitation, le milieu culturel, le milieu sportif avec le centre aquatique entre autres. On a déjà six chaires de recherche en mine, mais on veut en attirer d’autres, d’autres laboratoires et d’autres professeurs. Cet agrandissement arrive au bon moment puisque nous étions limités par l’espace actuel pour pouvoir accueillir de nouveaux étudiants.

Vincent Rousson recteur de l'UQAT (Photo Le Citoyen - Christine Morasse)
L’investissement du privé
La ZIM repose sur des investissements initiaux de 2,7 G$, portés à la fois par des projets industriels majeurs et par des initiatives structurantes en recherche et en innovation.
Parmi ceux-ci, le développement de la mine Odyssey à Malartic de l’entreprise Agnico Eagle, un projet de 2,5 G$, contribuera à positionner le Québec à l’avant-garde de la mine souterraine de nouvelle génération. Pierre Matte vice-président — Optimisation et innovation chez Mines Agnico Eagle limitée, explique l’implication de son entreprise dans la nouvelle Zone d’innovation minière : « Pour nous, c’est une façon de pouvoir accélérer les idées innovantes. C’est un combat quotidien pour les minières de se maintenir au sommet des bonnes pratiques, de respecter l’environnement, de faire les choses correctement de façon sécuritaire et responsable. Avec la ZIM, on va pouvoir trouver des idées, tester des idées et trouver des solutions pour l’avenir de toute l’industrie minière. Je donne comme exemple le projet de foreuse au diamant autonome et intelligente qui pourrait notamment accélérer les découvertes. Les prix pour l’exploration explosent en ce moment, la main-d’œuvre est difficile à trouver et si on ne fait pas d’exploration on n’arrivera pas à soutenir l’industrie pour les prochaines années. C’est important de trouver des manières d’être plus performants, plus responsables puis d’accélérer les découvertes pour pouvoir opérer ici encore pour les 50 prochaines années. »
Des retombées concrètes
Pour Geneviève Aubry, directrice du Collectif territoire et membre du conseil d’administration de la ZIM, l’implantation de la ZIM est une opportunité d’essayer de voir les choses autrement : « Dans tout le volet sur la mine durable, il y a la question des liens avec les communautés territoriales. De quelle manière est-ce l’industrie minière, le monde de la recherche, les communautés, les groupes environnementaux, les artistes peuvent travailler ensemble pour développer des projets qui sont véritablement désirables pour les communautés et qui contribuent à guérir notre territoire et à changer notre rapport à l’environnement, pour à la fois répondre aux besoins des humains d’aujourd’hui et aussi aux générations futures. Le projet Lac Osisko fait partie de la programmation de la ZIM depuis le début. On concrétise cette approche qu’on veut mettre de l’avant qui est de collaborer, de créer des ponts entre les différents secteurs et de briser les silos en se disant que devant l’ampleur des défis sociaux et environnementaux, c’est important d’apprendre à travailler ensemble, à se faire confiance et aller chercher les forces de tous les secteurs pour les mettre au service de la guérison du territoire et de nos communautés. »
Le plan d'aménagement officiel de la ZIM sera présenté d'ici la fin 2026.