Un regard poétique sur le Nunavik
Le recueil Toundra-Terrasse (Éditions du Passage) de Nicolas Lauzon prend le ton d’une poésie de récit sur son année d’enseignement au Nunavik. Celui qui n’avait plus rien à raconter s’est lancé dans une expérience de dépaysement pour aller à la renc
Le recueil Toundra-Terrasse (Éditions du Passage) de Nicolas Lauzon prend le ton d’une poésie de récit sur son année d’enseignement au Nunavik. Celui qui n’avait plus rien à raconter s’est lancé dans une expérience de dépaysement pour aller à la rencontre des autres et se livre dans une écriture qui se détache des idées préconçues liées au Nord et ses habitants.
Alors qu’il avait obtenu une année sans solde par son employeur de Rouyn-Noranda, Nicolas Lauzon partait enseigner au Nunavik pendant un an, son carnet de notes en poche. « J’avais besoin de me brasser un peu, et j’ai toujours été attiré par le Nord et fasciné par le peuple inuit. Ça m’a toujours intrigué. J’ai pris cette initiative en espérant aussi, sachant que là-bas je serais tout seul, sans femme et sans enfants, que j’aurais tout mon temps pour écrire. Mais je ne savais pas sur quoi j’allais écrire. Quand je suis arrivé là-bas, j’ai commencé à prendre des notes, j’ai écrit des petits poèmes que j’ai retravaillés, mais je ne suis pas sorti de mon année avec un livre terminé », raconte le poète.
C’est une fois de retour en Abitibi-Témiscamingue qu’il s’est attelé à l’écriture. Avant cette étape, il a été primordial pour lui d’aller à la rencontre de l’autre. Non seulement pour recueillir des informations et des idées pour nourrir l’écriture, mais surtout retrouver quelque chose à dire. « Ça a un peu été mon année de recherche où je rencontrais les gens, j’explorais le territoire et les alentours et je me suis dit qu’à travers tout ça, qu’à travers ces expériences, et les rencontres surtout (en poésie, pour moi, c’est très important d’aller à la rencontre de l’autre), que je me suis trouvé du matériel et quelque chose à dire. Pour être franc, j’étais rendu à une place dans ma vie où je n’avais plus rien à dire. »

Couverture officielle du 5e recueil de Nicolas Lauzon, Toundra-Terrasse. (Photo : Gracieuseté)
Il partait en pleine conscience des idées préconçues qui l’habitaient. Son choc culturel le plus important, « ça a été de voir comment ils sont connectés. Les gens étaient meilleurs que moi sur un téléphone et ils avaient voyagé partout dans le monde. Ils ne sont pas du tout déconnectés de ce qui se passe au Sud, comparativement à ce que nous avons comme impression, au contraire. » Mais vraiment, son objectif avec ce recueil a été de prendre la posture de l’observateur poétique et de raconter le réel quotidien des amis qu’il s’est fait au Nunavik, le plus humainement possible. C’est-à-dire avec la sensibilité qui rend compte de la nature humaine des gens qu’il a rencontrés. « La seule ambition que j’avais, c’était de passer et de faire des rencontres et d’en retirer le plus possible sur le plan humain. »
Un commentaire qu’il a reçu de la part de l’une des membres du comité de lecture de la maison d’édition a été : « Tout le long de ton recueil, on a l’impression qu’on a le pied dans la porte en train d’observer. On n’est pas tout à fait rentrés. C’est tout en délicatesse. » Pour Nicolas Lauzon, c’est même un écho au titre de Toundra-Terrasse, qui est certes le rappel d’un vers dans l’un des poèmes de la fin, mais surtout un rappel de l’année qu’il venait de passer. « Je cherchais des titres et j’avais cet extrait-là dans les poèmes de la fin où j’étais avec mon ami et il appelle ça sa toundra-terrasse. Moi, je riais parce que j’allais prendre mon café là et avec mon petit trek de camping et je me disais que je suis sur ma toundra-terrasse. Après ça, qu’est-ce qu’on fait sur une terrasse ? Ça ouvre au printemps, on s’assoit et on observe le monde. On regarde le monde passer et on s’imagine Untel et Unetelle. S’il y a du monde qui vient s’asseoir à la terrasse avec nous, on fait des rencontres. C’est un peu ça, mon année là-bas. J’ai été comme en observation. J’étais juste content de voir ce monde-là défiler devant moi et de pouvoir participer le plus que je peux quand la porte était ouverte. »
Quant au mélange des langues parlées dans le recueil, c’était un rappel nécessaire de leur réalité. « Quand tu arrives dans une soirée, tu entends parler l’inuktitut, le français, l’anglais. Ça se pose des questions en inuktitut, ça se répond en anglais. Tu parles en anglais, ils te répondent en français. Et c’est ça la réalité. Je voulais la garder et la rendre. Quand je parle du monsieur qui est dans son camion et qu’il faut qu’il aille réparer la tuyauterie qui a gelé, mais qui vient de trouver sa nièce la veille, c’est lui qui m’a dit : “Frozen pipes always bring bigger problems”… c’est aussi une espèce de leçon de vie. Règle le problème tout de suite, si tu ne veux pas en avoir des plus gros tout à l’heure. Souvent, c’étaient des paroles que j’avais prises telles quelles. Je ne voulais pas les traduire et perdre l’essence de ce qu’il m’avait dit. »
Toundra-Terrasse sera en librairie dès le 1er avril 2026. Le lancement rouynorandien se déroulera le 8 avril à l’Abstracto en formule 5 à 7.