Culture

Jonathan le prof s’attaque au chaos mondial

Suivie sur Facebook par 155 000 personnes, la page Jonathan le prof publie du contenu de vulgarisation — et d’activisme — sur les grands enjeux d’actualité. Son créateur, Jonathan St-Pierre, un enseignant d’histoire de Rouyn-Noranda, a décidé d’aller

Couverture du livre de Jonathan Le Prof

Suivie sur Facebook par 155 000 personnes, la page Jonathan le prof publie du contenu de vulgarisation — et d’activisme — sur les grands enjeux d’actualité. Son créateur, Jonathan St-Pierre, un enseignant d’histoire de Rouyn-Noranda, a décidé d’aller plus loin en publiant Tout va bien — Petit guide de survie mentale face au chaos mondial (Éditions de l’Homme), le 1er avril.

Selon le pédagogue, les gens cherchent des réponses. « Il y a eu quatre vagues d’abonnés à ma page : la pandémie, la guerre en Ukraine, le retour au pouvoir de Trump et la guerre en Iran. Depuis 18 mois, j’ai gagné 50 000 abonnés. Ça donne une idée de ce que les gens viennent chercher. »

Publiant plusieurs fois par jour, il évite les sujets locaux qui polarisent. « Plus c’est proche de nous, plus je reçois des critiques et des menaces qui ont des impacts sur ma vie quotidienne. Si je parle de la Fonderie Horne, ça va être hyper polarisant et je n’ai pas envie de vivre avec les impacts négatifs qui viennent avec. Même chose pour la politique provinciale. Par contre, la politique américaine nous laisse une certaine distance critique et ça me permet de m’exprimer sans craindre de froisser mon voisin. »

Malgré l’intérêt suscité par ses publications sur le web, il a ressenti le besoin d’aller plus loin en écrivant un livre. « La page Jonathan le prof rejoint surtout les millénariaux et les membres de la génération X sur Facebook. Avec ce livre, je veux parler à tout le monde : les ados qui ne sont pas sur Facebook et les personnes plus âgées. Je veux élargir mon auditoire sans avoir à faire des danses sur TikTok pour les rejoindre. Je pense aussi que le livre est un des plus beaux médiums. »

Son guide de 200 pages ratisse très large : présentations éclair de Vladimir Poutine, Elon Musk, Xi Jinping, Benjamin Netanyahou et Donald Trump ; résumés de conflits guerriers (Chine/Taïwan, les deux Corées, Inde/Pakistan/Chine, Proche-Orient et Moyen-Orient, Sahel, Grand Nord) ; retour sur de grandes crises du passé ; vulgarisation de l’échiquier politique (de l’extrême gauche à l’extrême droite), de la désinformation, du détachement face aux enjeux climatiques, de la culture du vide sur les réseaux sociaux, des magnats de la technologie, des dérives des plus riches, etc.

« J’ai choisi les sujets que je trouve les plus importants au niveau mondial et ce que je maîtrisais le plus. Par exemple, j’ai envisagé un chapitre sur les masculinistes et j’ai réalisé que j’avais besoin de plus de temps pour maîtriser le sujet et que j’en parlerais peut-être dans le futur. »

Vulgarisateur passionné, il est convaincu qu’il est possible de diminuer la peur du public en simplifiant certains gros sujets en une ou deux pages. « Je suis moi-même un grand anxieux. Quand je fais des recherches sur les enjeux pour trouver des réponses, ça me réconforte. Donc, j’imagine que les gens stressés autour de moi auront le même sentiment. Ils vont peut-être se dire que ça pourrait être pire ou se sentir moins seuls. »

À ses yeux, il y a un lien direct entre le savoir et le bonheur. « Souvent, l’ignorance amène la peur qui, elle, engendre plusieurs autres difficultés. J’essaie de faire de l’éducation populaire. Quand on comprend quelque chose, on peut réaliser qu’on avait raison d’avoir peur ou que nos appréhensions n’étaient peut-être pas justifiées. »

Si tous les sujets sont abordés avec rigueur, il n’hésite pas à multiplier les stratégies pour rendre le tout comestible. « J’ai essayé de l’écrire dans un français accessible. Ce n’est pas un ouvrage universitaire. On n’a pas besoin d’avoir une maîtrise en politique ou en histoire pour le comprendre. C’est un vocabulaire simple, sans être affaibli. Je voulais que les gens de 15 à 80 ans puissent le comprendre. »

Il utilise également la légèreté pour arriver à ses fins. « Pour alléger certains sujets, j’insère une bulle de bande dessinée toutes les deux pages pour exprimer une blague ou une pensée qui vient couper le tempo. Il y a aussi des images humoristiques. Également, le livre a été écrit pour permettre aux gens de lire seulement les chapitres qui les intéressent, au lieu de voir ça comme une montagne. »

Cela dit, Jonathan le prof n’hésite pas à regarder la vérité en face. Surtout quand il cite l’idée que le monde va être détruit par ceux qui regardent sans rien faire et ceux qui s’activent à le détruire. « Je pense que les gens se sentent indifférents, impuissants et même résignés. Pourtant, on n’est pas obligé de vivre avec tout. Si on peut changer des petites choses dans notre entourage, ce sera déjà ça de pris. »

Le lancement se tiendra le 9 avril à Livresse de Rouyn-Noranda et à la Galerie du livre de Val-d’Or le 11 avril.

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