Les micro-organismes et l’Humain en arts
Le vernissage d’une double exposition, réunissant Je suis une multitude de Günes-Hélène Isitan et Les mondes invisibles de Brigitte Dahan, aura lieu le 3 avril au Centre d’exposition d’Amos à compter de 17 h. Chacune travaillant avec des techniques e
Le vernissage d’une double exposition, réunissant Je suis une multitude de Günes-Hélène Isitan et Les mondes invisibles de Brigitte Dahan, aura lieu le 3 avril au Centre d’exposition d’Amos à compter de 17 h. Chacune travaillant avec des techniques et des médiums différents, les deux artistes abordent les micro-organismes, en proposant des visions uniques de l’humain par rapport au reste des écosystèmes.
Pour Günes-Hélène Isitan, qui est artiste-chercheuse en art biologique, le travail auprès des micro-organismes a débuté par surprise lors d’un cours en photographie au cégep. Elle cherchait à faire vieillir prématurément sa pellicule photo. « C’est là que j’ai commencé à faire brûler, bouillir, mettre de l’acide sur ma pellicule photo. Et à un moment donné, j’ai fini par la mettre en contact avec du fromage parmesan. » De là, elle a fini par réaliser que des micropaysages se dessinaient et qu’elle travaillait avec l’univers du microscopique. Sa première série artistique en fut tirée.
À la suite de discussions avec des gens de son entourage, elle a pris conscience du danger représenté par ces transportations dans sa cuisine. Ainsi, elle a suivi des cours en science et, désormais, elle peut travailler dans un laboratoire, et ce, de manière sécuritaire. Mais avant cela, c’est le moment où elle « a continué à en apprendre de plus en plus et c’est là que, plus elle en apprenait sur les bactéries, plus elle en apprenait sur le lien avec l’humain », dit-elle. « Ce ne sont pas juste des habitants de nos intestins ou de notre peau. Il y a vraiment une incidence sur notre personnalité. »
De fil en aiguille, l’artiste explique que l’humain n’est pas un être supérieur et isolé, mais un réseau vivant intégré à la nature, façonné par ses interactions avec d’autres organismes, ce qui remet en question une vision du monde fondée uniquement sur la compétition. « Parce que c’est ce qu’on voit le plus dans la nature, mais ce qu’on ne remarque pas, ce sont toutes les collaborations et les synergies. »
D’après Mme Isitan, l’humain, comme une note dans une mélodie, prend son sens en interaction avec les autres (notamment les micro-organismes), formant un tout harmonieux. L’artiste cherche à éveiller la curiosité envers ce monde souvent mal perçu. « C’est présenté sur des boîtes à musique parce que le microbiote intestinal, ça se construit principalement avant l’âge de trois ans. Alors la boîte à musique ramène un peu à l’enfance. Et en ramenant à l’enfance, ça ramène aussi à la découverte. »
En parallèle à cette exposition, celle de Brigitte Dahan, Les mondes invisibles, propose un écho à l’univers des micro-organismes décrit par Mme Isitan. À la différence que Mme Dahan travaille avec l’argile comme médium pour exposer les micro-organismes en grands formats. Ses sculptures sont produites en argile, ce matériau qui fascine l’artiste et illustre comme elle le souhaite le passage du temps. « L’argile est un matériau qui est naturel et qui subit une transformation, car il faut le cuire. Ça cuit à peu près à 2 200 degrés pendant une vingtaine d’heures dans un four en deux cuissons séparées. C’est tout un processus. C’est ça aussi qui le rend aussi intéressant, parce que ça change, ça change dans le temps », souligne Mme Dahan.
Elle utilise l’argile comme une peau marquée par le temps, où les textures deviennent des traces et des témoins d’histoires et de vies passées, à la manière de fossiles. Ainsi, son exposition met en lumière les formes de vie invisibles, surtout microscopiques, qui composent et entourent l’humain, en les évoquant à travers un travail minutieux de traces dans l’argile qui symbolisent les couches du vivant. « Je veux montrer un regard sur toutes les formes de vie qui nous entourent, qui sont souvent des formes de vie microscopiques dont on est nous-mêmes constitués. »
Avec l’utilisation de l’argile, elle agrandit des formes de vie microscopiques pour remettre en question la place centrale de l’humain et inviter à une vision plus humble, où l’on se reconnaît comme une petite partie du vivant, lié aux cycles de la vie et de la mort. « C’est de faire en sorte que les visiteurs se questionnent sur le rapport à la nature et leur rapport à la vie. Et d’adopter une posture d’humilité qui fait en sorte que la vie et la mort, c’est connecté. C’est une transformation et, nous, on en fait partie », conclut-elle.