Culture

Point final, ou le début d’une carrière artistique

Au terme de cinq années de formation, les étudiants du certificat en arts plastiques de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) ont franchi une étape déterminante de leur parcours artistique. Réunis dans l’exposition Point final, prése

Exposition Point final | finissants UQAT 2026

Au terme de cinq années de formation, les étudiants du certificat en arts plastiques de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) ont franchi une étape déterminante de leur parcours artistique. Réunis dans l’exposition Point final, présentée jusqu’au 7 juin 2026 au MA Musée d’art de Rouyn-Noranda, ils offrent au public bien plus qu’un simple exercice académique : une immersion dans des démarches personnelles abouties, ancrées autant dans l’expérience vécue individuelle et que dans des enjeux contemporains.

Pour Martin Beauregard, professeur en création et nouveaux médias à l’UQAT, cette exposition représente l’aboutissement d’un long processus. « Les œuvres présentées sont le résultat de la recherche menée par les étudiants pendant cinq ans, mais aussi de l’élaboration d’une démarche artistique personnelle », explique-t-il. Le certificat, offert à temps partiel, permet en effet aux étudiants de développer progressivement leur pratique tout en explorant différentes approches.

L’exposition constitue ainsi la dernière étape du programme, un moment charnière où les étudiants doivent non seulement créer une œuvre finale, mais aussi maîtriser les aspects professionnels du milieu artistique. De la rédaction du texte de démarche à la préparation des cartels, en passant par l’installation des œuvres, chaque détail a été pris en charge par les participants. « Le but est vraiment de les placer dans un contexte professionnel d’exposition », précise le professeur.

Le titre Point final illustre parfaitement cette dualité entre conclusion et nouveau départ. Proposé par le musée, il évoque autant la fin d’un cycle que l’ouverture vers une pratique artistique plus autonome. « C’est la fin du certificat, mais aussi une étape vers la professionnalisation », souligne M. Beauregard. Pour plusieurs étudiants, cette expérience marque en effet le passage vers une carrière artistique, ou du moins vers une pratique appelée à se poursuivre au-delà du cadre universitaire.

Si la formation offerte à l’UQAT s’inscrit dans des standards comparables à ceux d’autres institutions, le contexte régional de l’Abitibi-Témiscamingue teinte néanmoins les œuvres présentées. Cette influence ne se manifeste pas tant dans les contenus pédagogiques que dans l’imaginaire des artistes. « L’environnement dans lequel vivent les étudiants colore leur pratique », explique le professeur. Entre territoire, vécu personnel et enjeux sociaux, les œuvres témoignent d’une sensibilité à la fois locale et universelle.

Les thématiques abordées dans l’exposition en sont un reflet éloquent. Questions écologiques, inégalités sociales, réalités liées au travail ou encore expériences du quotidien : les étudiants explorent des enjeux contemporains variés, tout en les filtrant à travers leur propre vécu. Cette diversité se traduit également dans les formes artistiques, où cohabitent dessin, sculpture et installation.

Un élément marquant de l’exposition réside d’ailleurs dans son caractère résolument installatif et pluridisciplinaire. Plutôt que de présenter des œuvres isolées, les étudiants ont conçu un parcours immersif, jouant avec l’espace et l’architecture. Certaines pièces occupent le sol, d’autres s’élèvent sur les murs ou sont suspendues au plafond, créant une expérience dynamique pour le visiteur.

Cette approche favorise ce que Martin Beauregard décrit comme une « porosité » entre les œuvres. Contrairement à des expositions plus traditionnelles, où chaque pièce est clairement délimitée, Point final propose une circulation fluide entre les propositions artistiques. Les formes, les matériaux et les thématiques se répondent, créant un dialogue constant entre les œuvres. « Chaque travail entre en résonance avec les autres », résume-t-il.

Ce dialogue n’est pas uniquement le fruit du hasard. En amont de l’exposition, les étudiants ont participé à un travail collectif de mise en espace, expérimentant différentes configurations afin de trouver un équilibre entre les œuvres. Ce processus s’est poursuivi lors de l’installation finale, notamment avec la collaboration de professionnels du milieu muséal, permettant d’affiner la cohérence de l’ensemble.

Le vernissage a d’ailleurs témoigné de l’ampleur du projet. Avec 21 exposants et plus d’une centaine de visiteurs, l’événement a pris des allures de célébration. Familles, amis et membres de la communauté se sont réunis pour découvrir le fruit de plusieurs années d’efforts. « C’était une rétrospective du parcours accompli », note le professeur.

Les réactions du public ont été particulièrement positives. Plusieurs visiteurs ont souligné le caractère professionnel de l’exposition, affirmant qu’il était difficile de croire qu’il s’agissait de travaux réalisés au cours d’un programme d’études. Cette reconnaissance confirme, selon Martin Beauregard, la capacité des étudiants à se réapproprier les apprentissages pour développer une démarche artistique authentique.

En somme, à la croisée des chemins entre formation et professionnalisation, l’exposition marque la fin d’un chapitre tout en ouvrant sur de nouvelles perspectives. Pour ces artistes émergents, il ne s’agit pas d’un point final au sens strict, mais plutôt d’un point de départ vers une pratique appelée à évoluer, se transformer et, surtout, se poursuivre.

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