Communauté

Face aux préjugés, un lieu pour exister

Le 27 avril 1996, un bar de Rouyn-Noranda changeait de vocation — et, sans le savoir, marquait un tournant pour toute une communauté : en devenant un lieu ouvertement inclusif, la Station D. de Denis et Rachelle Lord allait offrir bien plus qu’un esp

Bar Station D

Le 27 avril 1996, un bar de Rouyn-Noranda changeait de vocation — et, sans le savoir, marquait un tournant pour toute une communauté : en devenant un lieu ouvertement inclusif, la Station D. de Denis et Rachelle Lord allait offrir bien plus qu’un espace festif, mais un refuge, une voix et, pour certains, une raison de rester.

Le 8 décembre 1995, Denis Lord ouvrait avec sa sœur Rachelle Lord la Station D., un bar hétérosexuel. En revanche, M. Lord était connu. « Tout le monde savait que j’étais gay. Je n’ai jamais été dans le placard. » Des rumeurs ont ensuite circulé quant à la vocation de l’endroit, diminuant sa popularité, et ont fait s’éloigner la clientèle. « On a eu beaucoup de misère à vivre pendant une période… jusqu’au 27 avril 1996 », confie-t-il.

En s’inspirant du parcours et des connaissances du milieu de M. Lord, l’idée est donc venue de changer la vocation de la Station D pour qu’elle devienne celle d’un lieu de rencontres où les personnes issues de la communauté LGBTQ+ puissent se sentir confortables d’aller.

Au début du projet reconverti, certaines personnes ont même souhaité une porte cachée pour entrer au bar. « Les gens me disaient : “Oh, moi, je ne passerai jamais par la porte de l’avant.” Mais je ne voulais pas commencer ça. » M. Lord se disait que les gens s’habitueraient, que ça « les aiderait à sortir du placard et à prendre leur place ».

Dans cette idée d’ouverture et d’accueil, le bar rouvre alors ses portes le 27 avril 1996. Spectacles, présence des médias, nouvelle signature, les lieux sont pleins pour cette première soirée dans la nouvelle identité. Les événements attiraient les gens de tous les milieux et de toutes les orientations. En termes de présentation, « il n’y a rien qu’on n’a pas fait. […] C’était une ouverture d’esprit dans une ville extraordinaire. »

Des témoignages poignants ont eu lieu dans les commentaires sous la publication sur les réseaux de M. Lord qui raconte le trentième anniversaire de la Station D. « Les gens, encore 30 ans plus tard, se rappellent et se disent : “Grâce à toi, je ne me suis pas suicidé. Grâce à toi, je suis sorti du garde-robe. Grâce à toi, je n’ai pas quitté la région.” »

Ce sont des messages qui le touchent, car, pour lui, chaque personne a sa place, chacune apporte quelque chose à une région. « Ce sont des gens de qualité qui, pour la région, apportent un plus. » Le bar a été ouvert pendant 12 ans et, visiblement, a en a marqué plus d’un.

En revanche, M. Lord se désole et raconte que, dès qu’une personne fait partie d’un groupe minoritaire, « il n’y a pas d’acceptation. Tant que tu appartiens à une minorité, tu vas appartenir à une minorité toute ta vie, parce qu’il y aura toujours… une personne pour te remettre en question. »

Il souligne toutefois l’accueil, le soutien et la présence de la Coalition d’aide à la diversité sexuelle et de genre de l’Abitibi-Témiscamingue et de Fierté Val-d’Or. Les difficultés et les défis demeurent présents pour les personnes homosexuelles et d’autres orientations et identités sexuelles ou de genre.

Trente ans plus tard, M. Lord fait appel au soutien et à l’entraide, avec « le vent de droite sur les droits LGBT, sur les droits à l’avortement, etc., où on remet en question plein de choses comme ça. C’est un peu épeurant. Il faut se rappeler d’où on vient pour savoir où on va et défendre nos droits. Défendre nos droits et montrer qu’on a existé et qu’on existe toujours. »

À lire aussi