Culture

Une campagne pour situer le MA Musée d’art

Le MA Musée d’art de Rouyn-Noranda lance une nouvelle campagne de financement au nom évocateur : 221, avenue du Musée. Derrière ce clin d’œil assumé à la célèbre pochette d’album des Beatles, l’institution souhaite faire bien plus qu’amasser des fond

Équipe MA musée d'art

Le MA Musée d’art de Rouyn-Noranda lance une nouvelle campagne de financement au nom évocateur : 221, avenue du Musée. Derrière ce clin d’œil assumé à la célèbre pochette d’album des Beatles, l’institution souhaite faire bien plus qu’amasser des fonds. Elle veut rappeler à la population qu’un musée d’art existe bel et bien au cœur de la ville — et qu’il joue un rôle beaucoup plus vaste qu’un simple lieu d’exposition.

« Personne ne sait qu’il y a un musée d’art à Rouyn-Noranda. Personne ne sait où il est », lance avec franchise le directeur général et conservateur en chef, Jean-Jacques Lachapelle. C’est justement cette réflexion qui a mené l’équipe à imaginer une campagne centrée sur l’adresse même du musée.

En séance de remue-méninges, l’idée a rapidement pris forme. « On tournait autour de cette notion de rue, d’adresse, puis quelqu’un a proposé de s’inspirer de la pochette d’Abbey Road des Beatles. » Le résultat : une campagne visuelle forte, destinée autant à attirer l’attention qu’à ancrer le musée dans l’imaginaire collectif régional. Derrière le concept créatif, une réalité bien concrète. Chaque année, le musée doit trouver environ 300 000 $ pour équilibrer son budget. La campagne actuelle vise à récolter 100 000 $, notamment grâce aux dons du public et à différentes activités-bénéfice.

Pour Jean-Jacques Lachapelle, l’objectif n’est toutefois pas uniquement financier. « Quand les gens s’impliquent dans une campagne, ça crée presque un public », explique-t-il. Le musée compte aujourd’hui entre 300 et 400 membres, un soutien qu’il considère comme précieux à une époque où peu de gens paient encore pour être membres d’un organisme culturel.

Bien que le musée soit hébergé dans un bâtiment municipal, il demeure un organisme à but non lucratif autonome, avec son propre conseil d’administration et l’ensemble des responsabilités administratives qui l’accompagnent. Depuis sa reconnaissance officielle comme musée par le ministère de la Culture en 2020, l’institution connaît aussi une croissance impressionnante de sa collection. Celle-ci compte désormais plus de 2 500 œuvres, allant de l’art contemporain aux œuvres historiques québécoises.

« On reçoit énormément de dons », souligne le conservateur. Parmi les acquisitions marquantes figurent notamment des lithographies de Jean Paul Riopelle, des œuvres liées au mouvement du Refus global ainsi que plusieurs grands formats de Marc Séguin.

Cette expansion rapide s’explique en partie par un phénomène générationnel. Plusieurs collectionneurs vieillissent, les artistes disparaissent et de nombreuses œuvres se retrouvent sans destination claire. Alors que plusieurs musées québécois manquent désormais d’espace pour accueillir de nouvelles acquisitions, celui de Rouyn-Noranda devient une option attrayante. « On avait prévu les dons locaux, mais on ne s’attendait pas à être sollicités pour des collections nationales, de l’ensemble du Québec. »

Cette croissance amène toutefois son lot de défis. Les réserves du musée doivent continuellement être réorganisées afin d’accueillir les nouvelles œuvres. Certaines pièces monumentales, dont des sculptures destinées à l’extérieur, nécessitent également des installations adaptées et des coûts d’entretien importants.

Au-delà de la conservation, le musée veut aussi démocratiser l’accès à l’art visuel. « Ce n’est pas une culture qui est populaire, parce qu’il y a très peu d’émissions de radio ou de télévision qui concernent les arts visuels. Donc, comment un public peut être connaisseur de ça s’il n’y a pas d’endroits qui sont dédiés au rayonnement des artistes ? », observe le directeur.

La campagne 2026 misera donc fortement sur l’éducation et la découverte des coulisses du musée. Des visites guidées des réserves pourraient notamment être offertes au public sur réservation afin de faire découvrir l’envers du décor et les histoires derrière les œuvres et les artistes.

L’institution poursuit également plusieurs initiatives participatives déjà populaires. Les « 10 actions » proposées l’an dernier, des gestes simples permettant de soutenir le musée autrement que financièrement, demeurent accessibles, et les résultats de participation seront mis à jour tout au long de l’année.

Trois grands moments ponctueront également la campagne. D’abord, le lancement officiel et les activités de sollicitation traditionnelles. Ensuite, le « Cercle », une soirée philanthropique où des donateurs de 1 000 $ participent au choix collectif d’une œuvre qui sera acquise par le musée. « Les gens débattent, défendent les œuvres et votent ensuite pour celle qui sera achetée », explique M. Lachapelle.

Enfin, le Bal du musée reviendra en janvier prochain. L’événement, qui avait connu un grand succès l’an dernier, mettra notamment en vedette un défilé de mode conçu par des artistes de la région. Les créations présentées seront ensuite vendues aux enchères.

Malgré l’ampleur de ses ambitions, le musée tient à conserver un principe central : la gratuité. Alors que la majorité des musées québécois exigent des frais d’entrée, celui de Rouyn-Noranda demeure accessible sans frais. « Ça représente un manque à gagner, mais le public devient gagnant », résume le directeur.

Du bébé de quelques mois aux étudiants universitaires, en passant par les camps de jour et les organismes communautaires, le musée veut continuer d’être un lieu vivant, inclusif et accessible.

Avec 221, Avenue du Musée, l’institution espère finalement rappeler que derrière ses murs se cache un véritable patrimoine collectif, et surtout, un musée qui souhaite grandir avec sa communauté.

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