Une correspondance devenue livre
Née de l’envoi d’un courriel pour soumettre son curriculum vitae à l’institution où travaille Rosalie Roy-Boucher, la correspondance dont témoigne le livre grands cœurs smattes révèle deux personnes profondément gentilles. Une amitié sincère est née
Née de l’envoi d’un courriel pour soumettre son curriculum vitae à l’institution où travaille Rosalie Roy-Boucher, la correspondance dont témoigne le livre Grands cœurs smattes révèle deux personnes profondément gentilles. Une amitié sincère est née entre Mme Roy-Boucher et Michel-Olivier Gasse qui, au départ, étaient des inconnus l’un pour l’autre.
« Je faisais passer des examens aux nouveaux arrivants pour évaluer leur niveau de français, et ils ont voulu ouvrir un poste à Val-d’Or », raconte Mme Roy-Boucher. Comme elle est native de cette ville, on lui a demandé si elle connaissait quelqu’un sur place qui aurait les compétences pour pourvoir le nouveau poste.
Ce n’était pas le cas. Elle a donc contacté une vieille amie qui y habite, laquelle lui a répondu : « J’ai exactement la bonne personne pour toi. » Peu après, elle recevait le CV de Michel-Olivier Gasse. Ne le connaissant que de nom, elle a été surprise d’apprendre qu’il était désormais installé en région. De fil en aiguille, ils se sont expliqué les raisons qui les avaient menés là où ils en étaient rendus et… « C’est vraiment textuellement comme dans le livre. »
À la naissance de leur correspondance surtout, mais aussi tout au long du processus, un effet d’emballement s’est créé à l’arrivée des courriels, qu’ils appelaient les « lettres ». Une habitude s’est façonnée, teintant leur quotidien d’un rendez-vous attendu. « C’est pour ça qu’au début, les messages sont datés. Ils sont très fréquents. Même qu’à un moment donné, je m’excuse de ne pas lui répondre alors que je lui ai écrit deux jours avant. »
Rien n’était attendu de cet échange et aucune entente n’était formulée non plus. Jusqu’à une discussion entre Rosalie Roy-Boucher et Marie Noëlle Blais, éditrice aux Éditions du Quartz, à qui Mme Roy-Boucher racontait les péripéties entourant sa correspondance avec le dénommé Gasse. […] Et elle a soulevé l’idée de faire une correspondance, tout simplement. »

(Photo : Gracieuseté)
Le soir même, elle lançait l’idée à Gasse et, dès le lendemain, il embarquait dans le jeu. « C’est une espèce d’élan créatif assez intense, je dirais », confie-t-elle.
Non seulement le projet les emballe tous les deux, mais il rappelle également des souvenirs d’adolescence à Mme Roy-Boucher. « J’étais une très grande chatteuse dans ma jeunesse. » Cet exercice lui a permis d’apprendre à se raconter à l’écrit et de développer son écriture, mais également « la façon précise de décrire ses sentiments ». « Je retrouvais un peu cette espèce de joie de la jeunesse, d’échanger avec quelqu’un d’inconnu, auprès duquel je devais me révéler à l’écrit. C’était un peu un retour à mes anciennes amours. »
Questionnée à savoir si l’on apprend à connaître une personne différemment par l’écrit, elle répond qu’une fois mise sur papier, une histoire devient « comme une fiction ». « Ça sort de toi, c’est ton interprétation. Mais également, l’apprentissage se fait dans la lenteur et dans l’expectative. »
Rapidement, tout de même, une confiance se bâtit entre les deux, au point où d’autres projets en duo verront le jour dans le futur. « C’est vraiment riche. C’est non seulement une amitié, mais aussi une collaboration dans la création. Ça, c’est rare parce que souvent, quand tu es écrivain, tu es seul. Tu es seul avec tes idées. Là, ça permet une espèce d’échange très, très fécond. »
Dans ce travail de rédaction de soi, sachant que le but ultime était la production d’un livre à partir de ces échanges, une forme de vulnérabilité s’est installée chez Mme Roy-Boucher. « J’ai peur que tout monde haïsse le livre parce que, forcément, s’ils le haïssent, ils me haïssent moi. »
Malgré cette crainte persistante, elle est parvenue à la mettre en sourdine pour demeurer, finalement, le plus fidèle possible à elle-même. « Parce que c’était ça l’exercice. Il y a une grande part du livre qui est de ça : nous sommes des raconteurs. »
Elle arrive ainsi à prendre une certaine distance par rapport à ses écrits et à laisser une place à l’interprétation. De là nait une forme de fiction, en redonnant ses mots aux lecteurs.