Cinqops signe un premier album solo brut et humain
Après des années à évoluer au sein de différents groupes, le rappeur abitibien Cinqops présente son premier album solo, Je pète les plombs. Un projet mûri lentement, façonné par les deuils, les remises en question et une volonté assumée d’offrir un r
Après des années à évoluer au sein de différents groupes, le rappeur abitibien Cinqops présente son premier album solo, Je pète les plombs. Un projet mûri lentement, façonné par les deuils, les remises en question et une volonté assumée d’offrir un rap plus conscient, plus vulnérable, mais aussi rassembleur.
« Ça fait longtemps que j’avais ça dans la tête », raconte l’artiste, qui a commencé à rapper à l’âge de 15 ans. À l’époque, l’idée même de sortir un album lui semblait inaccessible. « Avant, il fallait être distribué dans les HMV et tout ça. Un album, ça paraissait loin. »
Au fil des années, Cinqops a pourtant continué de créer, d’abord dans des projets collectifs, puis avec la sortie de son premier EP, Koala, en 2023. Un exercice qu’il décrit aujourd’hui comme un terrain d’essai. « Je testais le processus, je découvrais ce que je voulais faire. Après ça, je me suis dit : “OK, l’album, il faut que ça soit fait.” »
Avec Je pète les plombs, le rappeur souhaitait avant tout se dévoiler davantage. Une démarche plus exigeante qu’il ne l’avait imaginé. « Dans un groupe, le stress est partagé. Là, c’est juste toi. Tu deviens plus vulnérable. » Cette vulnérabilité traverse l’ensemble de l’album, qui alterne entre morceaux festifs et chansons plus « conscientes ». L’artiste revendique d’ailleurs un équilibre entre l’évasion et la réflexion. « On vit dans une société pesante. Si on écoute juste les nouvelles, ça devient déprimant. J’aime aussi faire des chansons pour décrocher, célébrer et mettre de la couleur. »
Même les pièces plus rythmées portent toutefois un regard critique sur le monde. Dans J’ai vu, construit sur une trame afrobeat, Cinqops évoque notamment la pauvreté cachée derrière les destinations touristiques et les tensions familiales qui se vivent derrière les apparences. « Je voulais accrocher les gens avec le rythme, mais qu’au bout de la ligne, ils réfléchissent quand même. »

Depuis la sortie des premiers extraits, plusieurs personnes lui auraient confié s’être reconnues dans les thèmes abordés. (Photo : William Brière Daigle)
L’une des chansons les plus personnelles de l’album demeure toutefois Un oiseau, écrite à la suite du décès de son ancien beau-père, Sylvain, qu’il considère comme une figure paternelle importante. « Mon père était présent une fin de semaine sur deux. Sylvain, lui, m’a montré c’était quoi être un père. Il a joué un rôle énorme dans ma vie et dans celle de mes enfants. » Atteint d’un cancer fulgurant, Sylvain a demandé l’aide médicale à mourir. Pour Cinqops, la chanson est devenue une étape essentielle de son deuil. « Je ne me donnais pas vraiment le droit de le pleurer. Mais cette chanson-là, je n’avais pas le choix de la faire. » L’artiste a même demandé l’autorisation à la famille pour utiliser des extraits de la voix de Sylvain dans la pièce. « Je voulais que ça soit fait avec respect. »
L’album aborde également la violence conjugale et les traumatismes liés à l’enfance, notamment dans La ruelle, inspirée d’une scène entendue derrière chez lui. « J’ai entendu un homme crier après un enfant dans la ruelle. Ça m’a marqué. »
Depuis la sortie des premiers extraits, plusieurs personnes lui auraient confié s’être reconnues dans les thèmes abordés. « Des femmes sont venues me dire : “J’ai vécu ça.” D’autres avaient vécu un deuil. Si une chanson leur fait ressentir quelque chose, j’ai gagné. »
Musicalement, Je pète les plombs navigue entre plusieurs ambiances, mais demeure uni par une même volonté de sincérité. Cinqops cite d’ailleurs comme influences des artistes de rap conscient comme Manu Militari et Koriass, capables selon lui « d’amener les gens à réfléchir ».
L’album marque aussi l’importance qu’occupent les collaborations dans sa démarche artistique. L’artiste parle avec émotion de la famille Adéquat, ce cercle de créateurs gravitant autour du studio Adéquat, où il a développé le projet avec notamment Guillaume Laroche, Shawnee Jacques-Godard, Blacklife, Tito BP et la chanteuse Audrey Fluet. « Pendant longtemps, j’ai surtout poussé les projets des autres. Aujourd’hui, je suis entouré de gens qui me poussent aussi. »
Il souligne particulièrement l’apport d’Audrey Fluet sur La ruelle. « Ça prenait une voix féminine pour amener de la douceur. En moins de 48 heures, on avait un refrain. »
Le lancement de l’album aura lieu le 5 juin prochain au Copper Crib dans une formule gratuite et conviviale. Un choix qui reflète l’esprit de communauté derrière le projet. « Le coût de la vie est cher. Je veux que les gens viennent pour vivre quelque chose ensemble, avec leur famille et leurs enfants. »
L’événement réunira plusieurs collaborateurs de l’album, des performances de danse et des invités spéciaux, dans une ambiance que Cinqops souhaite familiale et festive. « Je célèbre cet album-là pour moi, mais surtout avec tout le monde qui en fait partie. »