Autonomie alimentaire en Abitibi-Témiscamingue : un enjeu bien réel pour notre quotidien
Les crises récentes ont fragilisé l’accès à la nourriture. Et en Abitibi-Témiscamingue, les effets se font sentir directement dans nos assiettes. Depuis la pandémie de COVID-19, les coûts agricoles ont fortement augmenté. Entre 2020 et 2022, les dépe
Les crises récentes ont fragilisé l’accès à la nourriture. Et en Abitibi-Témiscamingue, les effets se font sentir directement dans nos assiettes. Depuis la pandémie de COVID-19, les coûts agricoles ont fortement augmenté. Entre 2020 et 2022, les dépenses liées aux engrais et au carburant ont explosé, entraînant une hausse globale des coûts de production de 25 %. Même si les prix des produits agricoles ont aussi augmenté, cela n’a pas suffi à compenser pour les producteurs. Résultat : une pression sur toute la chaîne, jusqu’aux consommateurs.
À l’international, les conflits comme la guerre entre la Russie et l’Ukraine ont aussi perturbé l’approvisionnement en céréales et fait grimper les prix. Plus récemment, les tensions géopolitiques continuent d’alimenter l’incertitude. Tout cela a un impact direct sur le coût des aliments ici.
Dans ce contexte, l’autonomie alimentaire devient une priorité. Elle vise à produire localement une plus grande part de ce que nous consommons, de façon durable.
Une région aux défis particuliers
L’Abitibi-Témiscamingue possède un fort potentiel agricole, mais aussi des contraintes. La saison de croissance est plus courte et les distances sont grandes. Il en résulte que les coûts de transport peuvent représenter jusqu’à 15 % du prix des aliments, soit bien plus que la moyenne canadienne de 4 %.
La région se distingue aussi par une faible densité de population et des conditions agroclimatiques qui limitent la durée de la saison de croissance. Selon les données du recensement agricole de 2021, la région compte 582 exploitations agricoles et plus de 72 000 hectares en culture. Certaines productions, comme l’élevage bovin et les cultures fourragères, y occupent une place importante. On observe également une diversification progressive vers le maraîchage et la production biologique.
Malgré cette évolution, une part significative des aliments consommés dans la région provient de l’extérieur. Les coûts de transport constituent un facteur structurant : ils peuvent représenter entre 10 % et 15 % du coût final des produits, soit une proportion supérieure à la moyenne canadienne.
Par ailleurs, les données disponibles indiquent une augmentation de l’insécurité alimentaire au cours des dernières années, avec des variations selon les territoires.
Des initiatives en mouvement
Malgré ces défis, plusieurs initiatives émergent pour soutenir le développement du secteur bioalimentaire régional. Dans les différentes MRC, des actions visent notamment la remise en culture de terres en friche, le soutien à la transformation des produits et l’accompagnement de la relève agricole. Des entreprises locales participent également à cette dynamique, notamment par le développement de circuits courts qui rapprochent les lieux de production et de consommation.
La mise en place de la Table d’action pour un Témiscamingue nourricier s’inscrit dans cette démarche. Elle regroupe différents acteurs autour d’initiatives visant à renforcer la capacité de production et l’accès à des aliments au niveau local.
Par ailleurs, la création de l’Institut de recherche en agriculture et agroalimentaire à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue en 2025 vise à soutenir le développement de connaissances et de solutions adaptées aux réalités régionales.
Miser sur le local
Développer un système alimentaire plus local, c’est mieux relier la production, la transformation et la consommation. C’est aussi rendre les aliments plus accessibles et soutenir l’économie régionale.
L’autonomie alimentaire ne se fera pas du jour au lendemain. Mais chaque initiative locale, chaque producteur soutenu et chaque achat de proximité contribuent à renforcer la résilience de la région.