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Éducation

Les élèves de la Grande-Ourse immergés dans le siècle passé

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À l’école alternative de la Grande-Ourse, à Rouyn-Noranda, le voyage dans le temps n’a pas été qu’un simple projet pédagogique. En fait, il a transformé l’établissement en véritable école de rang pendant une semaine complète, plongeant 85 élèves, du préscolaire à la 6e année, dans le quotidien scolaire d’autrefois. Cette initiative unique, en marge du 100e anniversaire de Rouyn‑Noranda et du Centre de services scolaire, a rapidement pris des proportions des plus surprenantes.

Après avoir accompagné ses élèves à l’école d’antan d’Authier, à l’automne dernier, Mélanie Bolduc a constaté à quel point cette immersion les avait marqués. Leur enthousiasme a servi d’étincelle : pourquoi ne pas offrir cette expérience à toute l’école ? Ce qui n’était au départ qu’une idée lancée entre collègues s’est rapidement transformée en une semaine complète d’activités historiques, portée par une équipe-école dynamique, engagée et reconnue pour son goût des projets collectifs.

Recréer l’école d’autrefois

L’objectif était clair : faire comprendre aux enfants l’évolution de l’école sur un siècle. « On voulait qu’ils réalisent à quel point l’école avait changé, qu’on pouvait remonter au vécu scolaire de leurs grands-parents, et même de leurs arrière-grands-parents », explique l’enseignante.

Chaque journée proposait une activité thématique : écriture cursive, calligraphie, visionnement du film de Dominique Leclerc sur l’histoire de l’éducation, reproduction au fusain d’un paysage d’école de rang, exploration de vieux manuels scolaires, etc. Même les apprentissages scolaires ont été adaptés : mathématiques à l’aide d’un boulier, écriture sur ardoise, etc. Les élèves ont aussi appris une allégeance créée pour l’occasion, inspirée des rituels d’autrefois : « On l’a pratiquée tous les jours pour la savoir par cœur, au cas où monsieur l’inspecteur passerait… ce qui s’est effectivement produit », raconte l’instigatrice du projet.

Des parents et des grands-parents ont animé des ateliers représentatifs d’une autre époque : fabrication de pain, beurre baratté, pâte à tarte, pets de sœur, tricot, jeux traditionnels d’époque, jouets en bois… Tous des moments magiques, selon l’enseignante.

Le vendredi, point culminant de la semaine, tous étaient invités à s’habiller comme à l’époque. Les membres du personnel avaient adopté le costume dès le lundi, ce qui a rapidement entraîné les élèves à suivre le mouvement. Les classes ont été décloisonnées pour former des groupes multiâges de 1re année à 6e année, comme dans les écoles de rang. Chaque enseignante avait renommé sa classe selon un village d’origine. « Par exemple, moi, je représentais l’école du rang 4 de Saint-Guillaume-de-Granada », précise Mélanie Bolduc.

Un dîner attendait les élèves : soupane, œufs à la coque, tartelettes à la framboise, galettes à la mélasse, berlingots de lait. La visite surprise de « monsieur l’inspecteur » a marqué les esprits, profitant de son passage pour interroger les enseignantes, faire réciter l’allégeance, raconter des anecdotes historiques. Certains élèves ont été témoins d’un moment cocasse, leur enseignante se faisant sermonner par l’inspecteur.

Autre fait marquant : chaque enfant avait reçu, pour cette dernière journée, un prénom tiré de son arbre généalogique, fourni discrètement par les parents. « Les listes d’élèves étaient savoureuses : j’avais un petit Pacifique Valiquette, il y avait des Paul-André, des Exilas… » Les élèves découvraient leur prénom ancien au moment de l’appel, déclenchant curiosité et discussions familiales. Et pour garder un souvenir de cette escapade dans le passé… séance photo en sépia.

Une semaine qui laisse des traces

En renouant avec les usages d’autrefois — se lever pour parler, demander la permission, s’adresser à l’enseignante avec respect — les élèves ont apprivoisé sans effort le nouveau règlement sur le vouvoiement et l’utilisation du mot « madame ». L’immersion a donc rendu ces nouvelles règles plus naturelles et mieux comprises, les transformant en réflexes plutôt qu’en consignes.

Au-delà du jeu, la semaine a suscité de véritables apprentissages. Les élèves ont pris conscience de la chance qu’ils ont aujourd’hui. « Ils nommaient l’accès à des études plus longues, aux équipements, aux projets », note l’enseignante. L’écriture cursive, difficile pour plusieurs, a mis en lumière la persévérance et la fierté du travail bien fait. Le projet a renforcé les liens tout en créant une dynamique collective positive.

Pour l’équipe-école, l’expérience a aussi été révélatrice. « On a réalisé qu’il y a des choses qu’on a mises de côté avec le temps, mais qui ont encore leur place dans une classe. » Finalement, la semaine d’antan a dépassé toutes les attentes. Plusieurs élèves ont mentionné vouloir répéter l’expérience, et certains souhaiteraient même vivre une année complète de cette façon

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