Culture

Replonger dans des souvenirs de jeunesse

Trente ans après avoir partagé une petite classe de six garçons à Val-d’Or, l’auteur et bédéiste Olivier Ballou a repris contact avec ses anciens camarades pour brosser le portrait de leur parcours de vie. Le résultat : Val-d’Or en 6e année, une band

Olivier Ballou

Trente ans après avoir partagé une petite classe de six garçons à Val-d’Or, l’auteur et bédéiste Olivier Ballou a repris contact avec ses anciens camarades pour brosser le portrait de leur parcours de vie. Le résultat : Val-d’Or en 6e année, une bande dessinée documentaire où les souvenirs d’enfance croisent les réalités parfois inattendues de l’âge adulte.

L’idée du livre remonte à une fascination de longue date de l’auteur pour la célèbre série documentaire britannique 7 Up, qui suivait l’évolution de jeunes issus de différents milieux sociaux à travers les décennies. « J’ai toujours trouvé fascinant de voir comment les vies prennent des directions qu’on n’aurait jamais imaginées », explique-t-il.

Dans son cas, le point de départ était tout trouvé. En sixième année, sa classe comptait seulement six élèves — tous des garçons. « On s’est tous perdus de vue après l’école. Alors, 30 ans plus tard, je les ai recontactés pour faire une sorte de bilan », raconte-t-il.

Le livre retrace ainsi des trajectoires profondément différentes, parfois marquées par les épreuves, parfois par des retournements de situation inattendus. Parmi les personnages du récit figure notamment Alexis Wawanoloath, élu à l’Assemblée nationale sans même avoir terminé son cinquième secondaire. « Il s’est retrouvé soudainement propulsé dans un rôle immense, avant de devoir tout recommencer après sa défaite électorale », résume M. Ballou.

Un autre ancien camarade, Éric, rêvait d’une carrière au hockey avant de devoir abandonner ce chemin et recommencer au bas de l’échelle dans le secteur minier. « À l’époque, le prix de l’or était très bas et ça ne semblait pas très prometteur. Puis les circonstances ont changé complètement », souligne l’auteur. Le livre aborde également des thèmes plus difficiles, notamment l’alcoolisme et les conséquences de certains choix de vie.

Couverture Val-d'Or en 6e année | Olivier Ballou

Couverture officielle de Val-d’Or en 6e année (Photo : Gracieuseté)

Une mémoire reconstruite par le dessin

Avec Val-d’Or en 6e année, Olivier Ballou poursuit son travail en bande dessinée documentaire. Pour lui, ce médium permet de donner vie à des souvenirs qui seraient autrement impossibles à représenter.

« Le dessin rend toutes sortes de choses possibles », confie-t-il. Lors des entrevues avec ses anciens collègues de classe, mais aussi avec des proches, des parents ou d’anciennes conjointes, l’auteur cherchait constamment des détails précis : le modèle d’une voiture, l’apparence d’un lieu, la disposition d’une pièce. « Je peux ensuite retourner voir sur Google Maps, consulter des photos, essayer de reconstruire les lieux le plus fidèlement possible. »

Même si certaines scènes reposent nécessairement sur l’interprétation artistique, M. Ballou estime que la bande dessinée crée une forme de réalisme émotionnel. « Le lecteur comprend que c’est une représentation stylisée, mais en même temps, ça peut être très immersif et percutant », dit-il.

Le regard de l’exilé

Installé aujourd’hui à Washington, D.C., Olivier Ballou observe désormais sa ville natale avec une certaine distance. Pourtant, plus les années passent, plus Val-d’Or occupe une place centrale dans son travail. « J’ai quitté Val-d’Or à 16 ans, mais depuis quelques années, je deviens presque obsédé par l’histoire de cet endroit et des gens qui y vivent », confie-t-il en riant.

Val-d’Or en 6e année constitue d’ailleurs son troisième ouvrage consacré à la région. Il affirme avoir rencontré davantage de gens de Val-d’Or depuis son départ qu’à l’époque où il y habitait.

Son prochain projet poursuivra d’ailleurs cette exploration de la mémoire collective. L’auteur souhaite cette fois se pencher sur la culture adolescente de Val-d’Or dans les années 1990 — une époque qu’il décrit comme marquée par des lieux de rassemblement bien précis, mais aussi par des réalités plus sombres comme les suicides et l’isolement. « Moi, j’étais complètement isolé quand j’étais jeune. J’ai l’impression d’avoir manqué une partie de cette vie-là. Peut-être que ce prochain livre sera une façon de la réimaginer », avance-t-il.

Le lancement officiel aura lieu le 2 juin, lors d’un 5 à 7 à la Bibliothèque municipale de Val-d’Or. L’auteur sera également présent lors du Salon du livre en Abitibi-Témiscamingue.

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