De passage en région, la CSQ insiste sur les enjeux de terrain
Dans le cadre de la tournée provinciale de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Éric Gingras, président de la CSQ, était de passage en Abitibi-Témiscamingue les 21 et 22 mai. Lors de sa visite, M. Gingras a lancé un appel à un changement de ton en politique et à un retour au dialogue, dans un contexte qu’il juge marqué par des tensions sociales et à l’approche d’échéances électorales.
Il tenait d’aller voir les membres sur le terrain et de rappeler également le rôle des syndicats dépasse largement le cadre des conventions collectives. Pour lui, le syndicalisme ne peut être réduit à la négociation des conditions de travail, car les enjeux vécus sur le terrain exigent une intervention plus large. « Ce ne sont pas juste des contrats de travail, ce sont aussi des enjeux sociaux, régionaux et nationaux », a-t-il expliqué en entrevue.
« Les questions comme le logement, la violence dans les écoles ou l’attraction du personnel ne se règlent pas uniquement dans une convention collective », fait-il valoir. Dans cette perspective, le président revendique un rôle de [contre-pouvoir] dans le débat public, tout en affirmant ne pas faire de politique partisane, mais souhaite plutôt de participer aux discussions publiques en portant la voix de ses membres.
Selon Éric Gingras, en Abitibi-Témiscamingue, la question du logement ressort comme un obstacle important à l’attraction et à la rétention du personnel, notamment dans les secteurs comme l’éducation et la santé. Il souligne que certaines conditions économiques font grimper les coûts, ce qui complique l’installation de nouveaux travailleurs. « À la fin, ce sont les services à la population qui sont affectés. » La violence dans les établissements scolaires est aussi prioritaire. Il estime qu’il s’agit d’un problème généralisé, présent autant en région que dans les grands centres. « C’est un enjeu de société, pas seulement un enjeu d’école », insiste le président, rappelant qu’une réponse globale impliquant la communauté est nécessaire. « Une école ne peut pas, à elle seule, régler les problèmes de violence si ceux-ci persistent ailleurs dans la société ».
M. Gingras réaffirme le rôle social de la CSQ. Les enjeux vécus dans les milieux de travail sont directement liés à des réalités plus larges dans la société. « Les organisations syndicales ne sont pas dans une bulle à part : nous sommes au cœur des communautés », souligne la CSQ.
Un appel au dialogue politique
Dans un contexte décrit comme polarisé, M. Gingras critique les approches axées sur l’affrontement et plaide plutôt pour un dialogue social élargi. « Avec l’affrontement, on ne va nulle part. Ça prend du dialogue. » La CSQ tend d’ailleurs la main au gouvernement et aux partis politiques afin de favoriser une vision rassembleuse et de mieux répondre aux besoins de la population. À l’approche des prochaines élections, la CSQ souhaite également que les partis politiques s’engagent à lancer une vaste réflexion sur l’avenir du système éducatif. L’organisation propose la tenue d’une démarche de type états généraux afin de définir le rôle de l’école pour les années à venir, notamment dans un contexte marqué par les transformations technologiques, sociales et économiques. « Le temps est venu de se parler d’éducation, pour de vrai », indique M. Gingras, car selon lui les décisions récentes en éducation ont souvent été prises de manière rapide, sans réflexion à long terme sur les besoins du réseau.
Il souligne également l’importance de mieux tenir compte des réalités régionales dans la prise de décision. En Abitibi-Témiscamingue, comme ailleurs, « on souhaite que les décisions soient davantage adaptées aux contextes locaux, notamment en matière de santé, d’éducation ou de services publics ». Il rappelle que les personnes qui travaillent dans le secteur public, majoritairement des femmes, jouent un rôle essentiel dans la société. Selon lui, il est important et nécessaire de les reconnaître et de leur donner les moyens de remplir leur mission. « Les gens veulent des services. Pour ça, il faut donner aux travailleurs les conditions pour bien faire leur travail. » Sur ce, le président lance un appel aux décideurs « être à l’écoute et favoriser un véritable dialogue afin de répondre aux enjeux vécus sur le terrain. »