Culture

Mayganne Chartier transforme les étiquettes en force

À travers son premier livre Tout part de toi, Mayganne Chartier souhaite donner une voix à ceux et celles qui ont longtemps appris à se taire. Dyslexique, dyscalculique et vivant avec un trouble du déficit de l’attention (TDA), la jeune mère partage

Mayganne Chartier 2

À travers son premier livre Tout part de toi, Mayganne Chartier souhaite donner une voix à ceux et celles qui ont longtemps appris à se taire. Dyslexique, dyscalculique et vivant avec un trouble du déficit de l’attention (TDA), la jeune mère partage un parcours marqué par les étiquettes scolaires, les doutes et la quête de confiance en soi.

L’idée du livre a commencé à germer il y a environ deux ans, alors qu’elle était enceinte de sa fille. « Je me disais : ce n’est pas vrai qu’à l’école, mon enfant va vivre ça », confie-t-elle. Dès l’âge de huit ans, Mayganne Chartier dit avoir été confrontée à des diagnostics et à des commentaires qui ont profondément affecté son estime personnelle. « On me faisait comprendre que je n’étais pas assez rapide, pas assez bonne. »

Selon elle, les difficultés d’apprentissage vont bien au-delà des simples lettres inversées. « La dyslexie, ce n’est pas juste ça. Parfois, les phrases ne sortent pas comme je veux, les mots ne tiennent pas ensemble. » La dyscalculie, elle, compliquait le calcul mental au quotidien. À force d’entendre qu’elle ne réussirait pas, elle a fini par chercher sa place sans réellement croire en ses capacités.

Avec Tout part de toi, l’autrice souhaite aujourd’hui tendre la main à ceux qui vivent la même réalité. « Je veux parler pour les personnes qui n’osent pas parler. » Son objectif sincère est de démontrer qu’un diagnostic ne définit pas une personne.

Le titre du livre résume d’ailleurs sa philosophie. « La seule personne qui a le choix, c’est toi », affirme-t-elle. Pour elle, le changement commence par une décision personnelle de ne plus se laisser freiner par les regards extérieurs. « Tout part de toi. Tu n’as pas à prouver aux autres que tu es capable, mais au moins à toi-même. »

Couverture | Mayganne Chartier

Couverture du livre, illustrée par sa grand-mère. (Photo : Gracieuseté — Mayganne Chartier)

Cette prise de conscience est arrivée tardivement. Malgré quatre diplômes en poche, Mayganne Chartier raconte avoir longtemps eu l’impression d’échouer parce qu’elle n’exerçait pas dans ces domaines. « À un moment donné, je me suis dit : “OK, c’est assez.” Je savais que j’étais capable de quelque chose, il fallait juste que je trouve mon chemin. »

Elle garde également un souvenir difficile de son parcours scolaire. Placée dans des classes spécialisées, séparée de ses amis, elle dit avoir ressenti très tôt un sentiment d’exclusion. « Tu te sens moins que rien », résume-t-elle. Selon elle, les étiquettes collées aux élèves suivent ensuite leur dossier d’année en année. « Si tu ne rentres pas dans le moule, il y a tout de suite une étiquette », déplore-t-elle. Elle croit qu’il faudrait davantage considérer l’enfant dans son individualité avant de le définir par ses difficultés.

Au-delà du témoignage personnel, le livre aborde aussi les croyances limitantes et la confiance en soi. « Ma confiance a chuté à travers l’école », raconte-t-elle. Pourtant, avec le temps, elle affirme avoir constaté une amélioration dans sa capacité à écrire et à s’exprimer. « Avant, je faisais énormément de fautes. Oui, je vois une différence. »

L’écriture du livre a représenté un important défi. En autoédition, Mayganne Chartier a dû apprendre à gérer seule la correction, la mise en page et la production. Un processus d’autant plus exigeant qu’elle jonglait avec la maternité et le TDA. « Je me couchais à deux ou trois heures du matin pour travailler dessus quand ma fille dormait », livre-t-elle. Même si elle admet que le projet n’est « pas parfait », elle en est fière. Sa famille et ses proches ont également participé à la relecture afin de lui offrir un regard extérieur.

La couverture du livre occupe, d’ailleurs, une place particulièrement symbolique dans le projet. Réalisée par sa grand-mère, passionnée d’art abstrait, l’œuvre représente une silhouette sombre entourée de couleurs. « Le cadre noir, c’est le blocage. Les couleurs, c’est ce que j’ai réussi à aller chercher », explique-t-elle. Pour l’autrice, cette collaboration familiale donne encore plus de sens au livre.

Depuis sa sortie, Tout part de toi connaît un accueil auquel elle ne s’attendait pas. D’abord destiné aux personnes vivant des difficultés similaires, le livre rejoint désormais un public beaucoup plus large. « Les gens veulent comprendre ce que ça fait », remarque-t-elle avec émotion.

Aujourd’hui travailleuse autonome après avoir quitté un emploi qui ne correspondait plus à sa réalité familiale, Mayganne Chartier affirme être surtout fière du chemin parcouru. « Je me suis longtemps demandé ce que j’allais faire dans la vie », souligne-t-elle. Si quelqu’un avait annoncé à la petite fille de huit ans qu’elle écrirait un jour un livre, elle ne l’aurait jamais cru. Mais à 26 ans, l’autrice estime avoir enfin changé son regard sur elle-même. Et c’est précisément ce qu’elle espère transmettre à travers son livre : malgré les diagnostics, malgré les obstacles, il reste possible de trouver sa voie.

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