L’intime territoire de Véronique Doucet
Avec le soutien financier du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), pour donner suite à ses études en arts visuels, Véronique Doucet présente son premier livre d’artiste, Racines : cartographie intime des territoires.
Avec le soutien financier du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), pour donner suite à ses études en arts visuels, Véronique Doucet présente son premier livre d’artiste, Racines : cartographie intime des territoires.
« La forêt fait partie de mon inspiration depuis toujours », commence-t-elle. Que ce soit par son passé de planteuse, ou par son présent « d’artiste-méditante », Véronique Doucet se déplace en forêt pour aller méditer et ressentir la vie qui l’entoure. Elle laisse venir à elle ce qui souhaite se transmettre à sa sensibilité. Justement, elle écrit : « Cette posture d’artiste-méditante est le reflet d’une quête : celle de l’interconnexion entre le corps et le paysage, entre le sensible et l’invisible, entre l’humain et le non-humain. »
C’est ainsi qu’avec ce projet, Mme Doucet a essayé d’analyser pourquoi la forêt fait partie de son ADN. Elle, qui s’est toujours impliquée et engagée, a désiré « passer le flambeau » et changer de posture, tout en conservant cette fibre militante au fond d’elle-même. « J’ai compris que je prenais la nature, la Terre, comme un enfant à protéger. [Maintenant], la Terre-Mère est davantage mon maître et, moi, je deviens l’apprentie. »
En 2021 a débuté son cheminement forestier méditatif, un projet évolutif. « Je marche beaucoup seule, je médite et j’essaie de canaliser les énergies du territoire. C’est dans le ressenti, même si j’ai la capacité d’analyser. » Pratique qui se transpose sur la structure de son livre, qui propose de nombreuses œuvres avec, en accompagnement, un texte poétique qui les raconte respectivement.
« Il y a le processus de rationaliser ce que j’ai fait de manière intuitive. » Ce faisant, le processus de création s’en trouve prolongé, car la rationalisation du projet l’emmène à revenir sur ses traces et à retourner dans les lieux déjà visités. Plus d’un passage au même endroit permet de créer des liens avec ce qui l’entoure. D’ailleurs, la solitude, pour elle, revêt une caractéristique essentielle pour la démarche, car « si tu n’es pas à l’écoute, tu ne peux pas créer de liens ».
En étant à l’écoute de la forêt et de son écosystème, Véronique Doucet pratique ce qu’elle appelle l’« écoféminin », qui « valorise davantage l’éthique du “care”, du prendre soin. » « [Désormais], je parle davantage d’un soin réciproque. » Sans s’être nécessairement formée sur la sylvothérapie, elle admet qu’elle en retire « quelque chose d’apaisant ».

Couverture officielle du livre Racines : cartographie intime des territoires (Photo : Gracieuseté)
Le titre du livre, Racines : cartographie intime des territoires, rappelle pour elle autant un écho des racines des arbres que sa lignée familiale, dans une densité qui s’entremêle. « Dans certaines philosophies, on ne fait qu’un. On fait partie de la nature. » Non seulement il y a lieu d’être enraciné, mais également de se déraciner pour mieux s’enraciner.
Divisé en cinq saisons, l’ouvrage partage cinq épisodes clés de l’évolution de l’artiste. « Les quatre premières sont liées à comment moi, en tant que femme, mère (et belle-mère) et fille, je réagis au territoire. La cinquième est celle qui est “hors-saison”. » Ce dernier chapitre revêt un caractère plus intimiste et vulnérable, dans lequel elle mise sur sa propre vérité.
L’artiste y aborde notamment une année marquée par le départ de sa dernière fille, une séparation et un réenracinement solitaire. « Je ne me suis pas censurée », confie-t-elle. Si elle a longtemps eu l’impression de pouvoir se cacher derrière ses œuvres visuelles, le livre l’expose différemment.
Cette vulnérabilité assumée s’est imposée jusque dans le processus de publication. Lorsque les premières boîtes du livre sont arrivées à son domicile, à quelques heures de sa première apparition en public au Salon du livre de l’Abitibi-Témiscamingue, l’émotion a laissé place au vertige. « J’ai compris que ça ne m’appartenait plus. »
Plutôt que de poursuivre vers une maîtrise universitaire, Véronique Doucet a préféré créer un objet accessible, à mi-chemin entre le livre d’art, le journal intime et le recueil poétique. « Je veux parler à tout le monde », affirme-t-elle. Des textes plus théoriques côtoient ainsi des passages spontanés, des réflexions personnelles et des œuvres visuelles. Chaque page est pensée pour demeurer fluide et accueillante, notamment pour les lecteurs ayant un rapport plus difficile à la lecture.
Sa fille Dahlia Chamberland, étudiante en graphisme à Sherbrooke, a d’ailleurs participé à la conception visuelle du livre, en créant les premières pages de chacune des saisons à partir de fleurs séchées, de papillons et d’éléments tirés des anciens carnets de voyage de l’artiste. Une manière, pour Mme Doucet, de faire participer sa propre lignée au projet.
Aujourd’hui, Véronique Doucet souhaite que Racines : cartographie intime des territoires dépasse les frontières régionales et rejoigne un public varié. « Je pense que mon langage est universel », conclut-elle. Entre quête intérieure, spiritualité, écologie et mémoire familiale, l’artiste espère avant tout que son livre trouvera écho chez celles et ceux qui cherchent, eux aussi, à retisser un lien avec le vivant.