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Reconnu pour toute une vie de défense des droits autochtones

Le 23 mai dernier, l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) a remis un doctorat honorifique à Richard Ejinagosi Kistabish. Une reconnaissance prestigieuse pour celui qui a consacré sa vie à la défense des droits des Anishinabe, à la pr

Richard Ejinagosi Kistabish | Doctorat honorifique INRS

Le 23 mai dernier, l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) a remis un doctorat honorifique à Richard Ejinagosi Kistabish. Une reconnaissance prestigieuse pour celui qui a consacré sa vie à la défense des droits des Anishinabe, à la préservation de la langue et de la culture autochtones ainsi qu’à la transmission d’une mémoire longtemps ignorée. Pourtant, l’homme concerné peine encore à mesurer la portée de cet hommage.

« Je ne m’y attendais vraiment pas du tout. Je n’ai jamais couru après ce genre de choses là », confie-t-il avec humilité. Depuis l’appel annonçant la distinction jusqu’à la cérémonie officielle, il dit avoir mis du temps à comprendre ce que représentait réellement cet honneur. « C’est en parlant avec d’autres personnes que j’ai réalisé que c’était quelque chose de très important. Mais je ne réalise pas encore aujourd’hui l’effet ou l’impact de tout ça. »

Pour lui, ce doctorat honorifique ne célèbre pas seulement un parcours individuel. Il reconnaît aussi un combat collectif mené depuis des décennies pour faire entendre la réalité des peuples autochtones. « Je voulais surtout établir une certaine justice sociale dans notre communauté, remettre sur les rails notre culture, notre langue, notre identité, puis faire reconnaître nos droits », explique-t-il. « Je n’ai jamais pensé que ça aboutirait à une telle reconnaissance. »

Au fil de l’entretien, Richard Ejinagosi Kistabish revient souvent sur la question de la langue. Un souvenir d’enfance demeure particulièrement marquant : celui de ses premiers apprentissages en français à l’école. « La phrase, c’était “René joue avec son ballon”. Quand j’ai réussi à la dire sans me tromper, j’ai eu une très belle note. Mais je ne savais même pas ce que ça voulait dire. J’apprenais seulement le son de la langue. »

Cette anecdote, simple en apparence, illustre pourtant l’injustice culturelle vécue par plusieurs enfants autochtones forcés d’apprendre et de réussir dans une langue qui n’était pas la leur. Né dans une famille nomade, il raconte que ses parents ont dû se sédentariser avec l’arrivée du pensionnat et des nouvelles structures imposées par la société québécoise et canadienne. « Il fallait réapprendre les règles de la société, une façon de fonctionner qui était complètement nouvelle pour eux comme pour moi. On a compris qu’il fallait s’adapter, mais tout en essayant de conserver nos valeurs. »

Selon lui, cette réalité demeure mal comprise lorsqu’il est question de persévérance scolaire chez les jeunes Autochtones. « On leur demande de réussir dans un autre monde, dans une autre langue, dans un autre système, tout en conservant leur identité et leur culture. Ça veut dire travailler deux fois plus fort. » Il insiste sur cette double charge souvent invisible : survivre dans le système dominant sans perdre ce qui constitue son identité profonde. « On ne réalise pas l’importance de ce parcours-là. Quand on réussit à traverser ça, on a travaillé peut-être deux fois plus fort juste pour rester en vie. »

Isabelle Delisle (directrice scientifique de l'INRS), M. Kistabish, Luc-Alain Giraldeau (directeur général de l'INRS), et Vincent Rousson (recteur de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)).

Isabelle Delisle (directrice scientifique de l'INRS), M. Kistabish, Luc-Alain Giraldeau (directeur général de l'INRS), et Vincent Rousson (recteur de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)). (Photo : Photographes commercial)

Au-delà du doctorat honorifique, Richard Ejinagosi Kistabish affirme que son plus grand combat demeure aujourd’hui la réappropriation de son propre nom. Avant l’école, il s’appelait Ejinagosi. Puis le système lui a imposé une autre identité. « Quand je suis arrivé à l’école, j’ai eu le numéro 44. Après ça, je suis devenu Richard Kistabish. Mais Ejinagosi était déjà parti. » En revanche, lorsqu’il retournait auprès de ses parents, ceux-ci continuaient de l’appeler par son nom d’origine. Officiellement, toutefois, ce nom n’existait plus. Aujourd’hui, il souhaite entreprendre des démarches auprès de l’état civil afin de retrouver pleinement cette identité sur ses documents officiels.

« Je veux me réapproprier mon nom sur mon permis de conduire, ma carte d’assurance maladie, mon passeport. C’est mon identité. Je suis venu au monde avec ce nom-là et il n’est pas reconnu officiellement dans la société. » Pour lui, cette démarche dépasse même la reconnaissance reçue samedi dernier. Il décrit ce processus comme une forme de décolonisation nécessaire : « Il faut restaurer, puis restituer. C’est important pour conserver notre identité, notre culture et notre langue. »

Lorsque la question lui est posée à savoir ce que penserait le jeune Ejinagosi de l’homme qu’il est devenu aujourd’hui, il éclate de rire avant de répondre avec sincérité : « Il trouverait ça complètement fou. » Car à l’époque, dit-il, il ne connaissait rien des structures du monde dans lequel il entrait. « Pour moi, il fallait seulement survivre tout en essayant de préserver qui je suis, préserver ma culture et ma langue. »

Malgré les honneurs, Richard Ejinagosi Kistabish affirme vouloir poursuivre exactement le même chemin. « Je vais garder la même attitude. Je vais rester moi-même et continuer. » Pour lui, ce doctorat honorifique apparaît moins comme un aboutissement personnel que comme une étape supplémentaire dans un long parcours d’adaptation et de résistance. Une manière aussi d’honorer ceux qui l’ont précédé.

« Tout ça, c’est pour honorer mes parents et mes ancêtres. »

Et derrière la reconnaissance institutionnelle, demeure surtout cette volonté intacte : continuer d’exister pleinement, dans sa langue, dans sa culture et dans son identité.

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