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Chronique

Sur la route!

À l’heure où je vous écris, je roule en camionnette de tournée théâtre. De février à mai prochain, je suis comme un saltimbanque d’autrefois et je sillonne les routes du Québec afin de rejoindre les différents théâtres qui ont acheté notre production

Facebook Martin Héroux - Crédit à Julie Beauchemin_WEB.jpg

À l’heure où je vous écris, je roule en camionnette de tournée théâtre. De février à mai prochain, je suis comme un saltimbanque d’autrefois et je sillonne les routes du Québec afin de rejoindre les différents théâtres qui ont acheté notre production des HARDINGS, cette pièce dont je vous parlais et qui traite de la tragédie de Lac-Mégantic qui s’est déroulée en 2013.

Ça me donne l’occasion ici de vous entretenir d’un des plaisirs de faire de la scène, c’est-à-dire la tournée. Un plaisir et une petite misère, étant donné l’état des routes québécoises à ce temps-ci de l’année et de la dangerosité due aux conditions météo. Mais outre ces désagréments extérieurs, le plaisir d’aller « porter » le théâtre là où les gens vivent, sans qu’ils aient justement se déplacer à des centaines de kilomètres pour profiter de la culture qui se fait ici au Québec, c’est un bonheur. C’est, j’en suis certain, un service essentiel que les régions devraient recevoir, mais qui malheureusement n’est pas assez fréquent.

De la fin des années 1960 jusqu’en 1996, il y avait, au Québec, le TPQ. Le théâtre populaire du Québec; un organisme subventionné par le ministère de la Culture du Québec et qui avait pour mission de faire connaître le théâtre d’ici, les grands classiques et le théâtre de répertoire, hors des grands centres. C’est alors que de Gaspé, là où je me rends au moment où je rédige cette chronique, en passant par Sept-Îles, Jonquière, Val-d’Or ou Mégantic, la population du Québec pouvait, sans se déplacer, se voir offrir du théâtre professionnel qui habituellement se produisait uniquement dans les grands centres comme Montréal, Québec ou Ottawa.

Aujourd’hui, le TPQ n’existe plus, malheureusement. Ce sont les théâtres privés ou les théâtres institutionnels qui se chargent de cette importante mission. L’offre en humoristes, chanteurs ou conférenciers est très largement répandue au Québec, mais au niveau du théâtre, qui coûte beaucoup plus cher à produire et à tourner (costumes, décors, comédiens, hébergement, camions de transport des décors, des comédiens, des techniciens, etc.) c’est un pensez-y-bien.

Si bien que l’on voit beaucoup plus de comédies sur les routes du Québec que des Shakespeare, des Molière ou des Tremblay. C’est bien, mais le public des régions doit aussi avoir accès aux grands textes de répertoire de ce monde.

Heureusement, comme avec la tournée des HARDINGS, via le théâtre d’aujourd’hui de Montréal, il y a une offre de théâtre moins commercial qui se distingue en région.

Laissez-moi vous dire que l’accueil de telles pièces en régions éloignées est un baume et une bouffée d’air frais pour les nombreux amateurs de théâtre. C’est justice que de faire profiter l’ensemble du Québec des pièces et des créations d’ici. Pour ma part, depuis 1994, je fais de la tournée au Québec, et c’est à chaque fois un plaisir immense que de rencontrer jeunes et vieux qui viennent s’abreuver aux grands textes, au répertoire moins joué hors grand centre.

Le TPQ devrait revivre afin de redonner cet accès au théâtre moins commercial et, qui sait, peut-être réveiller des passions ou des carrières en théâtre.

En terminant, une petite anecdote du TPQ. Vers la fin des années 1980, alors que j’étais au secondaire à Marcel-Raymond, j’ai fait du pouce pour me rendre à Rouyn-Noranda afin d’aller applaudir et découvrir pour la première fois de ma vie un texte de Molière joué par des professionnels. Albert Millaire et Louise Turcot jouaient Le Misanthrope de Molière au théâtre du Cuivre. J’avais cette envie de voir ce que le théâtre, le vrai, joué par des gens dont c’était le métier, pouvait avoir l’air. Quelle grande joie, je m’en souviens encore. Ça m’a marqué à vie, tellement que j’en ai fait carrière.

Un jour, à l’école de théâtre, j’ai eu la chance d’avoir Louise Turcot pour professeur dans un exercice sur Jean Racine. Je n’ai pas manqué de lui dire que je n’avais pas hésité à faire du pouce jusqu’à Rouyn-Noranda. Elle en était ravie et elle s’étonnait déjà à l’époque, comme je le fais en ce moment, que le théâtre ne soit pas aussi souvent présenté dans les régions.

Pour l’instant, il y a les théâtres privés et les théâtres institutionnels comme Duceppe, le TNM ou le théâtre d’Aujourd’hui qui font, tant bien que mal, le tour des régions. Allez les voir, allez encourager cette diffusion des arts partout sur le territoire, car l’art, le théâtre, ce n’est pas que pour les spectateurs des grands centres.

NDLR : Martin Héroux a écrit cette chronique le 21 mars, alors qu’il était sur la route.

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